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EDITORIAL par Jean-Pierre HILAIRE

pdf_logo.jpgLes trois étapes de l’émancipation nationale occitane

Le Parti de la Nation Occitane a tenu son Conseil National bi-annuel les 6 et 7 novembre 2010 à Montauban en présence de militants de nombreuses régions d’Occitanie et des adhérents d’honneur catalans venus spécialement de Barcelone. Le Parti de la Nation Occitane existe depuis 50 ans. Pourquoi parler de nation pour l’Occitanie ? Parce que son fondateur, François Fontan pensait que c’est l’existence d’une langue qui détermine l’existence d’une nation. Il y a une langue occitane dans sa diversité dialectale donc il y a une nation occitane. Partout où il y a langue indigène, il y a nation. Ce principe est valable dans le monde entier Par conséquent, la France est un Etat plurinational composé des nations française, bretonne, basque, catalane, occitane, corse, néerlandaise (Flandre) et allemande (Alsace et Lorraine thioise). Mais l’Occitanie qui comprend le tiers Sud de l’Etat français, le Val d’Aran de l’Etat espagnol et les vallées alpines occitanes du Piémont en Italie, n’a aucune reconnaissance officielle dans la République française. En revanche, le Val d’Aran jouit d’un statut d’autonomie au sein de la Généralité de Catalogne incluse dans l’Etat espagnol et l’occitan y est langue co-officielle avec l’espagnol et le catalan. Le Parti de la Nation Occitane a pour objectif l’émancipation de la nation occitane par étapes. La première étape passera par un renforcement considérable des pouvoirs des régions occitanes en France. Elles doivent notamment avoir le pouvoir de lever l’impôt comme leurs voisines basque et navarraise en Espagne et de se regrouper pour travailler ensemble et abandonner les rivalités nuisibles qui font le jeu du centralisme parisien (par exemple Bordeaux contre Toulouse ou Marseille contre Nice). La réforme territoriale qui vient d’être adoptée par le Parlement français, outre qu’elle est peu lisible et que le mode d’élection des futurs conseillers territoriaux avec une barre à 12,5 % est fait pour éliminer les petits partis ‘(donc nous) et renforcer l’hégémonie UMP-PS, ne va pas dans le sens que souhaite le Parti de la Nation Occitane qui se prononce en outre pour la suppression des départements, leur remplacement par les pays historiques et la création de collectivités nouvelles pour les Catalans des Pyrénées orientales et les Basques des Pyrénées atlantiques. La deuxième étape passera par l’autonomie interne de l’Occitanie « française » dans le cadre d’une République française fédérale. La troisième étape, à long terme, qui peut paraître une utopie mais qui est tout à fait réalisable, sera la réunification de l’Occitanie écartelée entre l’Espagne, la France et l’Italie et la création d’une République fédérale occitane donc d’un Etat occitan, membre de l’Union européenne et de l’ONU. Nous nous inscrivons dans ce grand courant d’émancipation en Europe, aux côtés des Basques, des Catalans, des Ecossais et des Flamands de Belgique et dans le monde, aux côtés des Tibétains, des Kurdes, des Berbères etc.. Ces objectifs, selon le Parti de la Nation Occitane, ne pourront être atteints que par des voies démocratiques et pacifiques, ce qui implique pour ses militants de travailler sur le terrain à convaincre les Occitans et de se présenter aussi souvent que possible aux élections, seuls ou de préférence en alliance avec d’autres forces occitanes indépendantes des partis politiques français de manière à conquérir le pouvoir dans les régions occitanes. Nous devons devenir les concurrents des partis politiques français et non une force d’appoint. Le P.N.O ne pourra jouer un rôle significatif dans la réalisation de ces objectifs que s’il mène à terme son processus de rénovation qui passera notamment par l’arrivée d’une nouvelle génération de militants et de militantes de tous âges pour assurer le passage de témoin avec les dirigeants historiques. Dans l’immédiat, le Parti de la Nation Occitane poursuivra son action auprès des élus des communes, des communautés de communes, des conseils généraux et des régions pour qu’ils impulsent des politiques linguistiques hardies en faveur de l’occitan mais aussi pour qu’ils soutiennent et promeuvent, en fonction de leurs moyens, l’économie de nos pays et de nos régions. Concernant la polémique sur le bilinguisme français-occitan, que d’aucuns jugent trop peu ambitieux, le Parti de la Nation Occitane pense que ce bilinguisme ne peut être que transitoire, l’occitan devant devenir à terme langue nationale prioritaire et le français une langue étrangère parmi les autres. Le Parti de la Nation Occitane soutient à la fois les classes bilingues de l’Education Nationale et l’enseignement de l’occitan par immersion dans les écoles « calandretas ». Elles peuvent être l’embryon de la future Education Nationale Occitane. Depuis 2008, la Constitution française reconnaît les langues régionales, donc l’occitan, comme formant partie du patrimoine de la France. C'est un progrès mais il ne suffit pas, il faut que la loi traduise en pratique ce principe constitutionnel. Le gouvernement actuel ne semblant pas décidé à tenir sa promesse d’il y a deux ans de faire voter par le Parlement une loi sur les langues régionales, de nombreux députés de toutes tendances ont élaboré, avec les associations, une proposition de loi sur les langues régionales, il faut qu'ils continuent à la porter ensemble pour qu'elle soit adoptée rapidement. Chez nos voisins, le Parti de la Nation Occitane se félicite de la gigantesque manifestation de Barcelone en juillet dernier pour l’auto-détermination de la Catalogne ainsi que du succès des consultations populaires organisées dans les communes catalanes qui ont montré que les Catalans veulent massivement l’indépendance. Ce que le Parti de la Nation Occitane souhaite pour l’Occitanie et la Catalogne, il le souhaite également pour toutes les autres nations sans Etat du monde au nom de ce que nous appelons l’ethnisme, c'est-à-dire un nationalisme inter-nationaliste. Mais surtout, le Parti de la Nation Occitane salue le vote du Parlement catalan de Barcelone qui a rendu l’occitan aranais officiel dans toute la Catalogne. C’est un bel exemple de démocratie linguistique de la part de nos cousins catalans que le gouvernement français devrait suivre. Nous ne pouvons donc que dénoncer les manoeuvres des forces centralistes de Madrid, notamment le Tribunal constitutionnel espagnol qui remet en cause des aspects fondamentaux du nouveau statut d’autonomie voté par le Parlement de Barcelone et qui menace indirectement les acquis du Val d’Aran. Ce dernier a un gouvernement autonome, ce qui est un cas unique en Occitanie. Les Aranais nous montrent le chemin à suivre.

22 novembre 2010

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