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"Lu Lugarn" Pdf  n°  96 (novembre 2008)






EDITORIAL
Notre objectif: des pouvoirs régionaux occitans autonomes à court terme, un État fédéral occitan à long terme.
Le mérite de la crise financière et économique à l’échelle planétaire dont nous sommes loins d’être sortis est d’avoir remis à l’ordre du jour la question du rôle régulateur de l’État et pas seulement dans le domaine de l’économie.
Mis à part les anarchistes, peu contestent de nos jours la nécessité d’un État mais en revanche les divergences portent sur la taille, la forme et les missions de celui-ci.
Dans l’Union européenne, la plupart des États sont décentralisés et tendent vers le fédéralisme ou sont fédéraux et républicains à quelques exceptions près.
Même si la France fait encore exception en matière de centralisme, l’État n’y est plus aussi omniprésent depuis les années 1980.
En Afrique, les États résultant de la décolonisation sont des coquilles vides gangrénées par la corruption car ils ne correspondent pas aux réalités ethniques.
Au Moyen Orient, les États dictatoriaux n’ont pas l’adhésion des masses qui ne se reconnaissent que dans la famille, le clan ou la tribu.
En Asie, l’État autoritaire despotique est assez répandu pour des raisons civilisationnelles (en Chine la tradition confucéenne).
Aux États-Unis, pour des raisons historiques liées au conflit des colons américains avec la métropole britannique, une grande méfiance à l’endroit du pouvoir fédéral central règne. La révolution conservatrice des années Reagan a promu l’État minimum mais c’est sous un président conservateur George W. Bush que le « Big Government » a fait un retour remarqué en raison du 11 septembre 2001. Il a eu même tendance, selon ses détracteurs, à faire de l’État fédéral une incarnation du « Big Brother » de George Orwell.
Sous la pression des circonstances financières, le même président a du se résoudre, à contre-coeur, à lancer un plan de sauvetage de grande ampleur du système bancaire américain. Tout cela est bien loin du libre jeu de la concurrence et du dogme selon lequel les marchés ont toujours raison et s’auto-régulent sans intervention des États. Que l’État français en coopération avec ses homologues européens ait à son tour apporté ses garanties au secteur bancaire n’a rien d’étonnant, étant donné la tradition étatiste de la culture politique française.
Cette crise pose la question de ce que l’État doit faire et ne pas faire et elle nous concerne nous, avant-garde de la nation occitane, qui aspirons à la création, un jour, d’un État occitan incarné par une République.
Tout d’abord, est-ce une aspiration légitime ?
Incontestablement, au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et parce que nos intérêts véritables ne peuvent pas être défendus si nous demeurons sous tutelle de l’État français.
Cet État occitan ne sera pas créé ex nihilo du jour au lendemain : nous en avons des embryons avec le Conseil Général d’Aran, les régions occitanes de l’État français, la Comunita Montane des vallées occitanes de l’État italien et même un État indépendant : Monaco.
C’est une base suffisante pour créer lorsque le moment sera venu, en associant ces pouvoirs dispersés, un pouvoir fédéral largement décentralisé.
Mais des étapes intermédiaires sont inévitables : collaboration de plus en plus étroite entre ces entités, regroupement de régions et processus de négociation au sein de l’Union européenne lorsque les choses auront suffisamment avancé.
Tout cela suppose gagner l’adhésion du peuple occitan qui, en ces temps difficiles, se demande si les retraites seront garanties et si l’État français empêchera la faillite des banques.
Alors un État occitan oui mais avec quelles missions?
La crise financière et économique a montré qu’il était indispensable que les États et les politiques reprennent la main pour sauver le système du krach mais ceci ne peut être que provisoire.
Un État, fut-il occitan, n’a pas à gérer l’économie dans le plus pur style soviétique mais à la réguler de manière intelligente en fonction de la situation en laissant la plupart du temps aux acteurs économiques la liberté d’entreprendre.
Il ne s’agit pas de jeter le capitalisme libéral qui a assuré à la planète la plus longue période de prospérité de son histoire et a permis à des millions de gens de sortir de la pauvreté avec l’eau du bain de la régulation au profit de systèmes alternatifs qui ont fait faillite.
Les principales missions de l’État doivent être par exemple:
- Aider les entreprises qui créent des emplois sur place et contribuent au développement économique, à s’installer grâce à une fiscalité incitative.
- Avoir un rôle d’aiguillon sur le marché pour la recherche et l’utilisation des énergies propres en imposant des normes anti-pollution
- Soutenir les productions nationales dans la limite des contraintes imposées par l’Union européenne
- Gérer efficacement une fonction publique qui ne soit pas hypertrophiée par rapport au secteur privé
- Garantir le système de retraites qui devra évoluer en fonction du vieillissement de la population.
- Veiller à la solidarité intergénérationnelle et à la prise en charge de la dépendance.
- Garantir avec les partenaires sociaux, un système de protection sociale (assurance maladie et chômage) dont le coût soit supportable par la collectivité
- Garantir la solvabilité du système bancaire en accord avec ses partenaires européens.
Mais un État occitan aura aussi une mission spéciale d’intérêt national : tout faire pour la récupération et la socialisation de notre langue et son emploi officiel à tous les niveaux. Nous devons proposer aux Occitans : à court terme de plus en plus de pouvoir dévolu à nos régions et à long terme un État fédéral sur tout le territoire occitan qui ne soit ni un État minimum ni un Tout État.
Jean-Pierre Hilaire
Buguélès le 27/10/08
Tag(s) : #Lo Lugarn