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"Lu Lugarn 92-93" Pdf  Mémoire de D.E.A sur F.Fontan






La vie et l’œuvre de François FONTAN (1929-1979)
François FONTAN naît le 7 février 1929 à Paris, dans le quatorzième arrondissement.
Il est issu d’une famille d’origine gasconne travaillant dans la capitale. Son père, Fernand FONTAN, y exerce la profession de contrôleur aux chemins de fer; sa mère Louise née DE COURS, qui descend d’une vieille lignée de nobles gascons, a été gouvernante dans plusieurs maisons de la haute société française et anglaise.
Tout au long de son enfance, le jeune François se déplace beaucoup en train, ce grâce à son père; aussi conservera-t-il, toute sa vie durant, un goût profond pour les voyages ferroviaires. Sa mère, elle, va lui léguer, de par son ascendance, un sentiment de supériorité intrinsèque et un tempérament tenace.
Cette forme d’aristocratie de l’esprit lui permettra toujours, face aux nombreuses vicissitudes de sa vie ultérieure, de supporter l’adversité avec réserve et dignité. François FONTAN montre très tôt une répugnance marquée à l’égard des structures d‘éducation collective de type scolaire.
D’un caractère nettement autodidacte, il préfère étudier tout seul, en rejetant « l’enrégimentement lycéen » et la médiocrité conformiste de la culture bourgeoise, qui cherche à couler tous les individus dans le même moule.
Durant son adolescence, ses lectures sont donc nombreuses et variées. Très vite enclin à la confrontation dialectique et à la discussion politique, le jeune François cherche encore à se situer sur l’échiquier idéologique, mais son esprit fondamentalement libertaire, que viendra renforcer son homosexualité déclarée, l’empêche de se fixer dans un cadre politique trop rigide ou trop dogmatique.
Comme il est issu d’une famille monarchiste qui se place dans la mouvance traditionaliste et nationaliste intégrale, il lit notamment l’œuvre de Charles MAURRAS prêtée par son père, qui est membre de l’Action Française.
Il semble également accompagner celui-ci aux réunions du mouvement, mais l’on ne peut déterminer avec exactitude si François FONTAN a adhéré ou non à l’Action Française, ni à quel moment il aurait pu y militer (vers quinze ou seize ans ?). Néanmoins, c’est bien durant cette période que va commencer à se développer chez lui le problème central de la « question nationale », qui sous-tendra par la suite l’essentiel de ses réflexions politiques.
Quoiqu’il en soit, François FONTAN ne va pas supporter très longtemps le conservatisme de ce milieu, qu’il va quitter sans regret.
Il s’inscrit alors en auditeur libre, à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales à Paris, puis à l’Institut d’Etudes Politiques de Toulouse qui vient d’être créé (1948).
FONTAN, âgé d’une vingtaine d’années, découvre et côtoie les cercles anarchistes, médite sur les écrits de PROUDHON ainsi que sur les principaux textes marxistes et léninistes, et finit par adhérer à la Fédération Anarchiste (F.A.) en 1951.
Il se range du côté de la tendance FONTENIS, marxiste libertaire, qui devient majoritaire au congrès de Bordeaux en 1952.
FONTAN souscrit totalement à la base théorique de cette tendance, suivant laquelle la question fondamentale de la lutte des classes ne pourra pas être pleinement abordée tant que ne sera pas résolu le problème colonial.
Militant pour l’indépendance des peuples et leur droit légitime à disposer d’eux-mêmes, François FONTAN est particulièrement frappé par la poussée des mouvements pour la libération nationale et la décolonisation dans le Tiers Monde.
Il sent bien que l’après guerre voit s’amorcer l’effondrement des vieux empires, et qu’il est nécessaire de donner à ce vaste processus décisif de l’histoire contemporaine un cadre d’explication théorique global et adéquat.
Entre 1952 et 1954, François FONTAN intègre à sa réflexion personnelle d’autres éléments qui lui serviront à affiner et à compléter sa future théorie de l’ethnisme et du nationalisme révolutionnaire. Il découvre, d’une part, les travaux de Wilhelm REICH, le seul psychanalyste qui ait véritablement redéfini, selon lui, le problème de l’aliénation sexuelle dans sa pleine dimension sociale et politique. Il distingue dans le reichisme « une justification théorique de l’anarchisme » (cit)
D’autre part, il pensait déjà, à cette époque, que seul l’indice linguistique détermine l’existence ou l’inexistence effective d’une nation et permet d’en tracer les limites exactes.
Ainsi, la décolonisation et la restructuration des entités politiques nationales devaient être effectuées sur la base de ce critère. Or, grâce à la révélation de son voisin Pierre BEC, occitaniste de Carbonne, il apprend l’existence d’une langue occitane survivant, tant bien que mal, sur un tiers du territoire actuel de la République Française, le tiers sud.
Cette découverte a chez lui l’effet d’une bombe : s’il existe une langue d’oc encore pratiquée, même dans des proportions restreintes, par une certaine population, cela signifie qu’il existe une nation occitane caractérisée par un indice ethno-linguistique particulier, et que cette nation aliénée doit se libérer de l’occupation d’une ethnie étrangère (en l’occurrence l’ethnie française de langue d’oil) pour se constituer ensuite en Etat politique indépendant.
En 1953-1954, il prend donc contact avec l’Institut d’Études Occitanes (I.E.O.), regroupant depuis sa création en 1945 un nombre important d’occitanistes attachés au renouveau culturel et linguistique du « Midi » de la France, l’Occitanie.
Les idées avancées par FONTAN, qui prône ouvertement la libération nationale de toutes les ethnies du globe et, par conséquent, la sécession pure et simple de l’Occitanie vis à vis de la France coloniale, rencontre immédiatement l’opposition farouche de la plupart des occitanistes culturalistes.
Ces derniers lui reprochent très vite sa volonté de politiser le débat occitan et de faire de la situation occitane un problème ne pouvant se résoudre que dans le champ même du politique.
François FONTAN apparaît pour ces gens comme un idéologue dangereux, dont les propos subversifs commencent à séduire un bon nombre d’occitanistes avancés et à en détourner certains de la voie tracée par l’I.E.O.
Dès lors, deux sensibilités politiques occitanistes vont plus ou moins nettement s’opposer et traverser toute la vie du milieu occitaniste contemporain jusqu’à l’heure présente :
Le courant régionaliste-culturaliste (encore appelé « autonomiste ») qui demande simplement une large régionalisation culturelle, économique, administrative, en créant les bases politiques d’une véritable régionalisation au sein de la République Française, et le courant nationaliste indépendantiste, qui refuse toute forme de pouvoir français sur la terre occitane colonisée et dépossédée de son destin historique, en défendant la thèse de la séparation politique totale et nécessaire des deux peuples.
François FONTAN va être l’initiateur de ce second mouvement, tandis que les régionalistes vont se regrouper autour de la personne de Robert LAFONT, universitaire de renom, qui créera avec ses compagnons de route le Comité Occitan d’Études et d’Action (C.O.E.A.), dont une partie des idées sera reprise par le mouvement Volèm Viure Al País (V.V.A.P.), qui lui fera suite.
Les deux mouvements se montreront toujours hostiles aux nationalistes, qu’ils considéreront comme leurs adversaires directs. Parallèlement, François FONTAN noue des relations suivies avec différents groupes trotskystes de la IV° internationale.
Il lit avec intérêt la revue intitulée « Socialisme ou Barbarie », dirigée par Cornélius CASTORIADIS, et réfléchit alors sur le concept nouveau de techno-bureaucratie dégagé par celui-ci. Bien que ses contacts avec les trotskystes soient poussés, FONTAN n’adhère à aucun mouvement spécifique.
Toutefois, un dissensus théorique éclate au sein de ce courant d’idées quant à la nécessité de conserver ou non une classe techno bureaucratique dans le processus révolutionnaire d’édification du socialisme.
FONTAN se prononce en faveur de la nécessité historique d’une étape techno bureaucratique, destinée à assurer une planification plus rationnelle de l’économie pour aboutir à une plus juste répartition des moyens de production. Il continue à militer quelques mois dans le groupe toulousain de l’ancienne Fédération Anarchiste, devenue entre-temps la Fédération Communiste Libertaire (F.C.L.).
Peu à peu, il gagne ce groupe à ses idées ethnistes. Mais le désaccord sur le point précédent étant trop important , le groupe de Toulouse rompt avec le Comité National de la F.C.L., fin 1954 – début 1955.
A la suite de l’éclatement du groupe toulousain, FONTAN va s’installer à Nice.
Il y rencontre les milieux de la « Nouvelle Gauche » et adhère un temps à l’Union de la Gauche Socialiste (U.G.S.) ancêtre du P.S.U.. Il en est rapidement exclu dès la fin de l’année 1958, en raisons de certaines de ses positions de soutien critique au gaullisme, qu’il considère comme la seule force politique française capable alors de suivre une ligne réelle d’indépendance nationale française, à la fois anti-atlantiste et anti-européiste.
Il décide maintenant de se consacrer entièrement à son combat politique ethniste. Courant 1959, il fonde le Parti Nationaliste Occitan (P.N.O.), légalement déclaré à la Préfecture des Alpes Maritimes.
Le mouvement créé est groupusculaire. François FONTAN parvient à survivre chichement, grâce à une petite pension que lui envoie sa mère. Il connaît des périodes de dénuement parfois extrême, et ne mange pas tous les jours à sa faim. Dormant peu, FONTAN mène à Nice une existence de spartiate.
Avec le développement de la guerre d’Algérie, le P.N.O. ne cache pas son soutien au F.L.N. algérien et aide notamment certains déserteurs de l'armée française à passer en Italie.
A la suite de dénonciations, François FONTAN est condamné pour aide à, la désertion, incitation à l’insoumission et recel d’insoumis. Il purge 15 jours de prison avec sursis, tandis que son plus proche compagnon, Jacques RESSAIRE, actuel Secrétaire Général du P.N.O., est condamné, lui, à un mois de prison ferme à Montpellier.
En 1961, FONTAN publie son ouvrage majeur, « Ethnisme, vers un nationalisme humaniste », dans lequel il expose les bases de son projet ethniste.
Il entre alors en butte à l’hostilité générale; décrié par la plupart des régionalistes culturalistes, il est également menacé physiquement par l’extrême droite niçoise.
Les autorités cherchent à se débarrasser de ce gêneur. Pour ce faire, grâce à une affaire montée de toutes pièces (deux faux témoignages de jeunes gens contre un petit pécule), l’homosexualité de FONTAN est mise en relief et il est condamné pour mœurs. Ayant purgé plusieurs mois de prison, FONTAN, proprement écoeuré, va quitter le territoire de la France en 1964, pour se réfugier en Italie, dans les vallées occitanes du Piémont.

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