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Pour l’émancipation nationale de l’Occitanie, utilisons les méthodes du 21ème siècle

Après avoir créé le Parti Nationaliste Occitan à Nice en 1959, François Fontan a eu des démêlés avec la Justice française. Poursuivi pour aide à la désertion et à l'insoumission, mais aussi en raison de son homosexualité, il a choisi de s’exiler dans une des vallées occitanes d’Italie à Fraisse dans la Val Varacha. Par un intense travail de terrain, il a fait prendre conscience de leur occitanité aux gens des vallées, qui l’ignoraient. Il a créé le Movimento Autonomista Occitano qui a connu en son temps quelques succès électoraux.

Aujourd’hui, un demi-siècle plus tard, le MAO n’existe plus et les dissensions internes empêchent pour l’instant la création d’un nouveau mouvement politique occitan dans les Vallées. Dans l’Occitanie de l’Etat français, le mouvement politique occitan est divisé avec le Partit Occitan, autonomiste de gauche, allié avec EELV, ce qui lui a permis d’avoir 5 conseillers régionaux, Libertat indépendantiste se réclamant de la « gauche révolutionnaire », Iniciativa per Occitània qui se définit comme laboratoire politique, culturel et social et se déclare pour l’émancipation nationale de l’Occitanie, le Parti de la Nation occitane, indépendantiste occitan et ethniste et enfin le Gouvernement Provisoire Occitan qui se situe au dessus des partis. Tous ces partis et mouvements représentent bien peu de militants pour une population estimée à 15 millions en Occitanie dont une part non négligeable n’est pas occitane d’origine. Partant de ce constat, David Grosclaude a eu l’idée de lancer le Manifeste occitaniste qui a déjà recueilli près de 700 signatures et qui se définit comme trans-partis. On peut espérer qu’un grand nombre d’élus occitanistes présentés sous une plateforme commune permettra de créer un réseau et un lobby susceptible de peser sur les décideurs. On peut aussi le voir comme une étape vers la conquête du pouvoir par les occitanistes en Occitanie. Nous verrons aux résultats des élections municipales de l’an prochain si l’essai du Manifeste est transformé. La partie suivante risque d’être beaucoup plus difficile à jouer. Pour créer une force politique occitane crédible qui inspire le respect aux partis politiques traditionnels implantés chez nous, il faudra plus que quelques conseillers municipaux occitanistes, c’est-à-dire des maires, des conseillers départementaux, des conseillers régionaux, des députés et des sénateurs. Objectif impossible sans alliances avec des forces politiques traditionnelles françaises et pas seulement EELV. Nous ne sommes pas assez forts pour nous passer d’alliances et nous ne le deviendrons pas entre 2014 et 2017. D’autre part, en nous engageant dans la démarche du Manifeste occitaniste nous n’avons pas souscrit à l’idée que les partis politiques français en général et occitans en particulier seraient dépassés. Nous n’avons pas renoncé à la rénovation du Parti de la Nation Occitane. Cette rénovation est loin d’être facile dans un parti dont les cadres vieillissent. Certains d’entre eux pensent même que nous sommes les plus beaux et les meilleurs, que nous n’avons rien à changer et que les autres n’ont qu’à venir à nous. Cette attitude, aussi ancienne que le PNO, s'est révélée improductive depuis longtemps. Nous ne partageons pas ce point de vue. Nous avons un besoin urgent de générations plus jeunes d’hommes et surtout de femmes et de sortir de cette réputation d’élitisme. Nous devons aussi démentir les caricatures de nos positions : nous ne sommes pas un parti fasciste et raciste d’extrême droite. Par exemple, notre position sur Israël en tant qu’ethnistes est beaucoup plus nuancée que ne le prétendent ceux qui sont sciemment de mauvaise foi. Notre revue Lo Lugarn est d’une bonne tenue intellectuelle et on n’a pas besoin d’être diplômé de l’université pour y écrire. Nous utilisons les outils du XXIème siècle et notamment les réseaux sociaux. Nous avons un blog. L’accueil qui est fait à nos publications montre clairement que nous avons un potentiel d’adhérents de 200 personnes que nous n’avons pas réussi à capter. Peut-être en effet parce que le militantisme traditionnel dans un parti politique est devenu moins attrayant. Quand arriverons-nous enfin à faire des visioconférences pour éviter de faire déplacer les gens d’un bout à l’autre de la vaste Occitanie ? Quelles actions concrètes pour l’émancipation de notre nation et l’amélioration de la vie quotidienne pouvons-nous proposer à nos compatriotes ? Quels avantages trouveraient les immigrés de toute provenance (y compris du Nord de la Loire) à s’intégrer à la culture occitane ? Comment l’autonomie et le fédéralisme au lieu de l’hypercentralisme actuel permettraient de mieux résoudre les problèmes économiques de l’Occitanie même en période de crise ?

Apporter des réponses à ces questions montrerait aux gens que nous avons les pieds sur terre et que nous nous intéressons pas seulement à la langue et à la culture occitane. Evidemment, un parti indépendantiste occitan (nous n’avons pas à cacher cet objectif à long terme d’indépendance) ne peut pas à l’heure actuelle être un parti de masse. Voilà pourquoi, sans renoncer à être nous-mêmes et à nous développer, notre insertion dans le projet du Manifeste occitaniste est logique.

Ce qu’un seul homme, François Fontan, a réussi en son temps à créer à l’échelle des vallées occitanes d’Italie ne peut être dupliqué à l’échelle de l’Occitanie toute entière aujourd’hui. La démarche d’un Jean Lasalle, député occitan du Béarn qui marche à la rencontre des « Français » pour écouter ce qu’ils ont à dire et qu’on n’entend pas à Paris, est sympathique, comme l’est l’homme aussi. Mais est-elle bien utile ? Les solutions aux problèmes de la France et donc aussi de l’Occitanie administrée par elle peuvent-elles sortir de la vox populi ? D’ailleurs les solutions pour la France sont-elles nécessairement bonnes pour l’Occitanie ? Il y a des chances que non. De toutes façons, on peut rencontrer les Occitans aujourd’hui autrement qu’en faisant du porte à porte à supposer que nous ayons assez de militants pour le faire. Qu’ils nous plaisent ou non, ce siècle et ce monde sont les nôtres. Utilisons-en les méthodes et pas celles du siècle dernier.

19 mai 2013

en OC

Lo Lugarn n°108

Lo Lugarn n°108

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