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Contribution au débat sur l'identité nationale.
Felip Bonnet Le débat, lancé par le gouvernement, portant sur l’identité nationale, peut être très intéressant à condition de sortir d’une réflexion franco française qui se voudrait nombriliste et exalterait une identité au détriment des autres.
L’identité est une notion floue.
L’identité est une poupée russe.
On peut se sentir toulousain, mais aussi midi pyrénéen, gascon, occitan, français, européen… l’identité se réfère à ce qui est identique ou commun.
Mais l’identité est aussi ce qui va indiquer, ce qui va marquer la différence.
Il apparaît très vite que sur le territoire français n’existe pas seulement une identité unique mais plusieurs identités.
Cette pluralité d’identités est visible notamment à travers les différences linguistiques et culturelles qui se trouvent en présence dans l’hexagone.
Par exemple, il est manifeste que les polyphonies corses n’ont rien à voir avec un fest-noz breton.
La langue est le signe, le révélateur d’une identité profonde.
Dans l’état français, il y a plusieurs groupes, plusieurs communautés : breton, catalan, basque, occitan, corse, flamand, alsacien, autant de peuples et de nations (ou parties de nation).
L’Etat français est un état pluri national. Il y a souvent confusion entre nationalité et citoyenneté.
Un occitan qui vit dans l’Etat français est bien sûr citoyen français, mais sa nationalité est occitane. On peut donc être citoyen français de nationalité occitane, ou citoyen français de nationalité bretonne… En France, on est peu conscient de cette subtilité.
Par contre, nos voisins de l’Etat espagnol parlent naturellement et sans tabou des nations catalane, basque ou occitane.
La question qui se pose est de savoir quoi faire de ces identités.
La problématique n’est pas nouvelle, l’Occitanie est une réalité qui existe depuis mille ans, il est temps que l’Etat français prenne une position claire et courageuse.
Soit on fait disparaître ces identités, on les renie, on les étouffe, l’identité française devient alors cannibale et phagocyte les autres identités ; bretonne, occitane… soit on les reconnaît et on leur donne les moyens d’exister en tant que telles avec les mêmes droits que n’importe quelle autre nation, notamment le droit imprescriptible à l’autodétermination. Jusqu’à présent, l’Etat français a opté pour la première solution, il s’agit là d’un double crime : un crime contre un patrimoine immatériel de l’humanité (une langue) et un « crime de lèse peuple » comme il existe un crime de lèse majesté.
Il est à remarquer que dans l’Etat espagnol, la Generalitat de Catalogne a opté quant à elle pour le deuxième choix.
En effet, le Val d’Aran qui est un territoire de culture et de langue occitanes est doté d’un gouvernement propre et la langue occitane y est reconnue comme langue officielle avec les langues catalanes et espagnole.
Il semblerait que l’Etat français, sous la pression de ses minorités culturelles assouplissent ses positions.
La question des langues régionales est entrée symboliquement depuis l’an dernier dans la Constitution française. On est aujourd’hui dans l’attente d’une loi de défense de ces mêmes langues, loi promise par le Gouvernement mais qui tarde à venir.
Un Etat démocratique a la mission de soutenir la diversité culturelle et linguistique qui le compose, un état qui se veut non totalitaire a le devoir de reconnaître l’existence des peuples qui le compose.
L’identité est aussi un vecteur d’intégration.
S’intégrer c’est accepter l’identité de l’autochtone.
A titre d’exemple, le Val d’Aran utilise la langue occitane pour aider les immigrés à s’intégrer plus rapidement : des cours d’occitan aranais sont dispensés dans toutes les écoles, des conférences et des cours de langue sont proposés aux adultes.
Enfin l’identité est un moteur de l’économie.
On a remarqué que l’identité dynamise l’économie et inversement.
Cette interaction entre identité et économie est très notoire, par exemple en Catalogne et au Pays Basque. Ces deux nations à forte identité sont également très développées économiquement. Il ne s’agit vraisemblablement pas d’un hasard.
En ce qui concerne les symboles de la nation française : le drapeau tricolore et la Marseillaise, on ne peut que déplorer de tels choix.
En effet la Marseillaise est un chant belliqueux, invitant à la violence et utilisant des concepts dangereux voire racistes comme celui de « sang impur » quant aux couleurs bleue et rouge du drapeaux français, elles représentent les couleurs de Paris, le blanc symbolisant la royauté : difficile donc de prendre le drapeau français comme étendard quand on n’est ni parisien ni royaliste.
L’hymne occitan le « Se canta » qui est un chant d’amour et le drapeau occitan sont nettement plus « politiquement correct ».
Il semblerait légitime en Occitanie, que partout où flotte un drapeau français, il y ait aussi un drapeau occitan, et que chaque Marseillaise soit suivie d’un « Se canta ». Ces mesures semblent minimalistes.
Le thème de l’identité nationale ou plutôt des identités nationales de l’Etat français mérite d’être débattu. Reste à voir si l’Etat français est capable d’évoluer dans le sens de l’histoire, dans le sens du mouvement européen et mondial pour la reconnaissance et l’émancipation des nations sans état.
Tout le monde pourrait y gagner : les nations grandiraient en dignité, l’Etat français embellirait son image et ferait la preuve de sa tolérance.
le 04/11/09
Felip Bonnet
Président du Parti de la Nation Occitan
Tag(s) : #Tribune libre