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UKRAINE

République d'Ukraine
Capitale : Kiev
Superficie : 603 700 km2
Population : 51 705 000 hab.

Historique. (1994)

Si son identité ethno-linguistique est manifeste, l'Ukraine ne manque pas non plus de références historiques pour justifier son existence présente.
Or cette identité est globalement niée par bon nombre de Russes. Parvenant mal à doter leur propre État d'une légitimité historique antérieure au XIIe siècle, ceux-ci font des Ukrainiens, les Petits-Russiens, comme il font des Biélorusses, les Blancs-Russiens, afin d'annexer par cet artifice linguistique, les héritiers directs de la Rus (Rouss), puissant État du haut Moyen-Age, centré sur Kiev et par l'intermédiaire duquel se fit la christianisation des Slaves orientaux.

Pour mieux se démarquer des Russes, les Ukrainiens ont donc accepté de s'appeler ainsi alors que le nom même d'Ukraina (= la marche frontière), fait forcément référence à une période du passé (la fin du XVIe siècle) pendant laquelle ce pays était disputé entre Russes et Tatars turcs.
Il n'en reste pas moins que la majeure partie de l'Ukraine n'est devenue russe que par la force des armes.
D'autres régions de ce grand pays européen connurent de façon prolongée le joug lituanien, polonais ou autrichien.
A la fin du premier conflit mondial, l'Ukraine indépendante dut s'affirmer contre les tentatives d'hégémonie de tous ses voisins. D'entre tous, ce furent les Russes soviétiques qui imposèrent leur puissance et l'Ukraine libre n'est réapparue qu'à la faveur de l'effondrement du communisme.

Situation actuelle (1994)

La volonté de main-mise sur tout ou partie du territoire ukrainien par certains milieux politiques russes s'appuie sur un rapport de forces favorable.
En effet, toute l'Ukraine orientale qui est aussi la grande région industrielle du pays, est peuplée massivement de colons russes établis plus ou moins anciennement.
D'autre part, une bonne partie des Ukrainiens sont russophones dans cette même région et dans les grands centres urbains (Kyiv, la capitale et aussi Kharkiiv, Odesa, etc.), ce qui concourt à maintenir le pays tout entier dans la sphère d'influence russe. Cependant, malgré ces handicaps, malgré la perte sèche pour les Russes qu'a représentée, sur le plan économique et militaire, l'indépendance ukrainienne, il y a tout lieu de croire que l'avenir ne réside pas dans un improbable retour à la Russie. Les millions de morts ukrainiens éliminés par la famine organisée, la déportation et la répression policière sous Staline et ses successeurs plaident à jamais contre cette régression historique.

Perspectives et propositions

Pour autant, l'Ukraine indépendante traîne quelques boulets, dont elle devra nécessairement se débarrasser dans l'avenir.

  1. Le clivage est profond entre une Ukraine plus nationaliste, plus européenne aussi, catholique uniate et linguistiquement conservatrice à l'ouest, notamment en pays ruthène, et une Ukraine plus russophile et orthodoxe à l'est.
    La région de Kyiv, où s'équilibrent ces tendances divergentes devra user d'une particulière capacité d'attraction afin de juguler ces oppositions et l'Eglise orthodoxe autocéphale, finalement indépendante du Patriarcat de Moscou, aura probablement un rôle capital à jouer en ce sens.
    On peut imaginer qu'une certaine décentralisation permettrait, en dynamisant les initiatives locales, un rééquilibrage général, tant économique que culturel.
    Mais cela suppose un niveau de démocratisation de la société qui est loin d'être atteint et que freinent terriblement les contraintes politiques, économiques et stratégiques internationales, autant que les désastres écologiques dont a eu à pâtir le pays.
    Il semble à priori évident qu'un rééquilibrage de populations entre l'Ukraine et la Russie permettrait de réduire les crispations de part et d'autre. Si dix millions de Russes vivent en Ukraine, au moins cinq millions d'Ukrainiens résident en Russie, du Kouban au fin fond de la Sibérie.
    La programmation d'un double courant de retour, échelonné dans le temps, renforcerait la nécessité de maintenir avantageusement pour les deux parties, les liens qui les unissent.
  2. L'Ukraine ne peut cependant faire l'économie de la réalisation de ses droits nationaux sur deux territoires : le premioer sous administration russe avec un peuplement ukrainien russifié, le second sous juridiction ukrainienne mais à forte majorité russe.
    Si d'autres zones frontalières de Russie peuplées d'Ukrainiens autochtones peuvent être sacrifiées, le territoire compris entre la boucle formée par les fleuves Donets et Don et la mer d'Azov (région de Rostov et Sachty) doit naturellement être restitué à l'Ukraine.
  3. La Crimée, peuplée aux 2/3 de Russes, présente un autre cas de figure.
    Si les plaines du nord sont depuis longtemps peuplées d'Ukrainiens mêlés à des Tatars turcs, le sud (où se trouve situé Sébastopol), accueille la base de la grande flotte de la Mer Noire, jadis tsariste puis soviétique et a vu affluer depuis le XVIIIe siècle, un grand nombre de colons russes. Dans cette Riviera soviétique au climat très doux, vivaient également depuis des siècles, des populations turcophones, Tatars mais aussi Juifs et Karaïtes. Déportés en Sibérie en 1944 sous l'accusation de collaboration avec les nazis, les Tatars n'ont pu progressivement revenir chez eux que depuis une vingtaine d'années. Ils sont aujourd'hui environ 200 000 dans la péninsule. Quel que soit le type de compromis auquel parviendront Russes et Ukrainiens à propos de la flotte qu'ils revendiquent les uns et les autres, le fait colonial russe ne pourra perdurer. Tôt ou tard, la réduction de la présence russe en Crimée s'imposera. En ce sens, l'assurance du maintien d'une certaine autonomie tant que la situation actuelle n'aura pas été modifiée, serait naturelle. Par la suite, parallèlement au renforcement de la composante ukrainienne, le rétablissement dans tous ses droits historiques de la population tatare s'impose. L'autonomie nationale, sans possibilité de sécession, devrait lui être accordée dans la bande côtière méridionale. A la place des Russes, on peut envisager d'installer aux côtés des Tatars, les Gagaouzes, minorité vivant aux confins moldavo-ukrainiens, turcophones comme eux mais de religion orthodoxe. Cette initiative pourrait intervenir dans le cadre d'un réglement des litiges roumano-moldavo-ukrainiens. Elle aurait l'avantage de résoudre un problème en Bessarabie du Sud et de rétablir partiellement son séculaire caractère turc à la Crimée, sans accroître pour autant son aspect musulman. Finalement, la presqu'île tant disputée pourrait devenir, du fait du rééquilibrage de sa bigarrure, un lieu idéal pour y établir les institutions de coopération des États riverains de la Mer Noire.
  4. Parmi les autres différends frontaliers et territoriaux qui entravent le progrès de l'Ukraine, figurent ceux qui l'opposent aux Roumains et Moldaves.
    Unis ou séparés, ses deux voisins de l'ouest ont des revendications légitimes qu'il faudra bien satisfaire. Si la région de Cernauci / Cernovo, portion de la Bucovine du Nord, doit revenir à la Roumanie, cette dernière devra rétrocéder un petit territoire montagneux peuplé d'Ukrainiens. En outre, l'échange de la Transnistrie, à peuplement majoritairement slave, contre le Boudjak, ou Bessarabie méridionale, qui a conservé une partie de ses autochtones roumains, est à réaliser avec la Moldavie.
  5. Du côté de la Hongrie, dans l'Ukraine subcarpathique, la zone Uzhgorod-Mukacevo-Berehovo est à restituer aux Magyars qui pourront en détourner une fraction au bénéfice d'un foyer national tsigane à instaurer.
  6. S'il existe quelques litiges avec la Slovaquie, la Pologne ou la Biélorussie, ils portent sur la présence de minorités ukrainiennes non-territoriales dans ces divers pays. Ils peuvent facilement être réglés à l'amiable par un échange pondéré de populations, tous ces États ayant des co-nationaux en nombre conséquent à l'intérieur des limites de l'Ukraine.
    Pour longtemps, l'Ukraine est appelée à englober des minorités ethniques et religieuses tout autant que régionales et politiques.
    Les Ukrainiens doivent s'en convaincre et admettre que le respect des droits des minorités est une des caractéristiques essentielles d'un État démocratique. Sans renoncer jamais à une liberté chèrement payée, ils peuvent accepter des compromis afin que leur pays puisse être très rapidement considéré comme la plus grande démocratie à l'Est de l'Europe.

Jean-Louis Veyrac, 1994

http://ethnisme.ben-vautier.com/

limites linguistiques par Jean-Louis Veyrac, 1997. http://ethnisme.ben-vautier.com/

limites linguistiques par Jean-Louis Veyrac, 1997. http://ethnisme.ben-vautier.com/