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Confinement et après ?

 

   Nous sortons de presque 2 mois de confinement sévère et si la pandémie recule, elle n’a pas dit son dernier mot. N’étant ni médecin infectiologue ni responsable politique mais citoyen lambda d’une monarchie républicaine voulue, on l’oublie trop souvent, par le général de Gaulle qu’il est tendance d’encenser aujourd’hui après l’avoir vilipendé en son temps, je ne me joindrai pas à la cohorte des donneurs de leçons du style « yaka faucon »

   Nous avons subi pendant deux mois un matraquage médiatique et gouvernemental qui nous a permis de constater que les scientifiques dans le domaine médical n’étaient pas d’accord entre eux et que le gouvernement et le président naviguaient à vue en fonction de l’évolution de la pandémie, disant d’abord avec l’OMS que les masques ne servaient à rien pour plus tard recommander leur port sans toutefois l’imposer urbi et orbi comme l’ont fait certains pays.

   Nous avons vu se confirmer les fractures de l’archipel français analysées par Jérôme Fourquet. Dans le prolongement des Gilets jaunes momentanément disparus, phagocytés par l’extrême gauche violente, étouffés par le grand débat national et victimes du miroir aux alouettes des milliards promis par le gouvernement, le confinement général n’a fait que souligner les inégalités sociales.

   Ce n’était pas la même chose d’être confiné dans un appartement exigu que dans une maison avec jardin ou d’être « coincé »  dans sa résidence secondaire à la campagne ou à la mer. Je ne jette pourtant pas la pierre aux « Parisiens » (dont bien peu sont d’origine) qui ont voulu fuir le confinement dans un appartement ou un studio étriqué ou tout simplement rejoindre leur famille en « province » comme disent les vainqueurs (sans forcément être conscients de l’être) quand ils parlent des territoires conquis.

   En matière de confinement, la France des métropoles était plutôt plus mal lotie que la France périphérique. Par contre, pour la propagation de la pandémie et de la mortalité qu’elle provoque, la France périphérique, surtout dans l’Ouest, a été relativement épargnée. Le théâtre médiatique a mis en scène l’affrontement homérique entre le professeur marseillais, médecin de terrain, Didier Raoult, auréolé du prestige de son prix Nobel de médecine et les méprisantes sommités médicales parisiennes du très bureaucratique conseil scientifique sans l’avis duquel nous gouvernants n’osent pas prendre la moindre décision. Une variation sur l’éternelle rivalité, j’allais écrire entre l’OM et le PSG, entre Marseille et Paris, entre l’Occitanie et la France. Une chose est certaine, la gestion de la crise sanitaire a été plus efficace en Allemagne, pays fédéral, qu’en France, pays hypercentralisé où Emmanuel Macron veut s’occuper de tout.

   On m’objectera que l’Espagne des « autonomies » a connu une situation sanitaire catastrophique mais c’est justement parce que le gouvernement revenant à un centralisme dur rappelant le régime franquiste, a retiré la compétence sanitaire aux autonomies et a révélé son inefficacité en matière de gestion de la pandémie.

   Mais c’est bien connu, le fédéralisme n’est pas dans la culture et la tradition « françaises » dans un pays où la majorité de la population formatée par l’école et les médias attend tout d’un État obèse et impuissant. Il y a certes à cause du COVID des tensions entre les collectivités territoriales et l’État central. Les régions n’ont à aucun moment été consultées par Macron. Les présidents des exécutifs départementaux sont restés au second plan derrière les préfets (une spécificité française !) jouant le rôle de père-fouettard auxquels les maires devaient s’adresser pour obtenir la réouverture de marchés fermiers par exemple. Comme d’habitude, l’exécutif promet une nouvelle étape de la décentralisation mais qui y croit encore ?

   Que nous réserve l’avenir ? À coup sûr, des faillites massives et du chômage, un endettement accru qui pénalise les générations futures. Il est vrai que certains croient qu’on peut faire marcher la planche à billets indéfiniment.

   Beaucoup dans le monde politique croient voir leurs thèses confortées par les évènements : On peut citer les souverainistes  français de tout poil plus ou moins anti-européens, grands dénonciateurs de la mondialisation et pourfendeurs de ce qu’ils appellent l’ultra-libéralisme. Il y aussi ceux qui pensent qu’il faut plus d’intégration européenne et que la mondialisation est un phénomène inéluctable et indispensable.

    Ceux encore qui avec la France insoumise et l’ultra-gauche prônent l’insurrection et la révolution comme en 1789.

   Les écolos bobos, eux, nous promettent tels Nicolas Hulot et Juliette Binoche qu’avec un « green deal » (auquel Macron réfléchit, paraît-il !) rien ne sera plus comme avant et expliquent depuis leur chic appartement parisien à ceux qui fument des clopes et roulent en diesel qu’il faut se passer de bagnole.

   Mais le rien ne sera plus comme avant glisse comme l’eau sur les plumes d’un canard pour nos compatriotes qui n’ont rien de plus pressé que de revenir à leur vie d’avant le confinement : leur emploi, les gosses à l’école, la société de consommation, les vacances et les loisirs culturels, sportifs aux autres. Quant à nos héros du quotidien qui ont risqué leur peau tous les jours pour nous, personnel soignant, pompiers, ils n’aspirent qu’à se reposer puis à travailler avec de meilleurs salaires et les policiers aspirent à ne pas subir la haine et les menaces de mort.

   Je suis tenté de dire avec Michel Houellebecq que tout sera comme avant mais en pire.

La régulation des flux migratoires est restée un vœu pieux, les demandes d’asile explosent et les candidats au départ vers l’Europe sont toujours aussi nombreux. Il ne faut pas se voiler la face au nom du politiquement correct mais la composition de la population en Europe va changer durant ce siècle. Le voulons-nous avec tous les problèmes que cela entraine ? Une majorité ne l’a pas voulu en Grande Bretagne en tout cas avec le BREXIT. L’Europe aurait bien tort de ne pas s’en préoccuper.

   Il est bien joli de dénoncer les effets délétères de la mondialisation (et je ne les nie pas) et d’appeler à la relocalisation de certaines industries mais concrètement, ce n’est pas si simple quand on sait que notre désindustrialisation a été voulue par les politiques depuis 50 ans. Nous sommes dépendants de la Chine, pays soi-disant « communiste » en réalité stato-capitaliste, impérialiste et prédateur et éminemment responsable de la propagation de l’épidémie à la planète entière. Il n’y a qu’une Europe forte et unie sur le plan économique qui puisse peser entre les meilleurs ennemis que sont l’Amérique de Trump et la Chine menaçante de Xi Jinping. Certains disent que l’Europe n’a pas été à la hauteur des enjeux de la pandémie. Peut-être, peut-être pas. Je ne suis pas spécialiste de géopolitique.

   Cela m’amène à parler d’Occitanie, la grande, celle qui est écartelée entre la France, l’Espagne et l’Italie pas la région administrative si mal nommée. On n’a guère entendu la voix pendant le confinement des militants politiques et culturels occitans. Quoi d’étonnant alors qu’avant le mouvement était en pleine crise si l’on excepte le courageux Occitanie-País Nòstre très investi dans la campagne pour les élections municipales en mars dernier. Le Parti de la Nation Occitane dont je m’honore d’être un des coprésidents, a, malgré ces vicissitudes fait paraître sa revue lo Lugarn et alimenté, vaille que vaille son blog. Jornalet a suivi et analysé l’actualité en occitan. Dommage qu’il n’y ait pas plus de pluralité d’opinions en son sein. Le mouvement occitan ne peut pas se contenter des réseaux dits sociaux, il lui faut le contact avec le public que le confinement n’a pas permis avec l’annulation de tous les évènements culturels occitans de l’été (Estivada de Rodez etc.) et la fermeture des marchés propices aux discussions avec les Occitans de base lors de tractages. Pendant ce temps dans les EPHAD ou chez eux le virus a emporté encore plus d’occitanophones de naissance, notre langue n’a plus été enseignées et sera mise à mal par la sinistre réforme du lycée de Blanquer continuant ainsi l’œuvre d’éradication de l’école de Jules Ferry. Il sera dur de s’en relever mais il n’y a pas lieu de désespérer. Nous n’arriverons à rien ou pas grand chose en négociant avec nos gouvernants jacobins. La seule chose qui puisse leur faire peur, c’est que petit à petit nous prenions le pouvoir à la base en commençant par les communes tout en sachant qu’il ne faudra pas en rester là. Le but ultime, c’est bien sûr de nous séparer des trois États qui nous oppriment. Que ce ne soit pas pour demain n’est pas une raison pour renoncer à l’objectif d’un État occitan indépendant, membre de l’Union européenne et de l’ONU. La Catalogne, le Pays basque, l’Écosse, la Flandre nous indiquent les marges de progression vers cet objectif. Ces exemples nous montrent que ce ne sera pas une sinécure. Les Catalans surtout en sont la cruelle illustration. Mais c’est le seul chemin non-violent possible dans une Europe que nous voudrions des peuples et non des États comme actuellement.

   Quand nous reviendrons, à une certaine normalité et je ne sais quand ne lisant pas dans le marc de café, nous reprendrons notre combat sans fléchir.

 

JP Hilaire

 

 

Occitanie - Covid-19 - Confinement

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Tag(s) : #Actualités, #Covid-19, #Tribune libre, #occitanie

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