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ÉDITORIAL de la revue Lo Lugarn N°122

 

Après les élections, que doit faire le Parti de la Nation Occitane ?

 

   La période électorale qui vient de s’achever dans l’État français bouleverse le paysage politique de la 5ème république. Déjouant tous les pronostics des instituts de sondage d’il y a seulement quelques mois, un candidat se réclamant et de la gauche et de la droite, Emmanuel Macron, a été élu président de la république et dispose à l’assemblée nationale d’une majorité quasiment digne d’une république bananière. La droite est divisée de façon irrémédiable et la gauche est en miettes.

 

   Ni la question de la diversité linguistique en France ni celle des pouvoirs des régions n’ont occupé la moindre place dans les campagnes électorales successives.

 

   Les partis et mouvements ethniques des peuples de France ont bien essayé d’être présents. Le Breton Christian Troadec était candidat à l’élection présidentielle. Il avait le soutien du Parti de la Nation Occitane mais il n’a pas réussi à obtenir les 500 parrainages d’élus nécessaires. Au premier tour des élections législatives, il y a eu des candidatures régionalistes, autonomistes et nationalistes en Alsace, en Bretagne, en Corse, au Pays Basque, en Catalogne Nord et en Occitanie avec des résultats divers, quelquefois très encourageants comme en Alsace, dans certaines circonscriptions bretonnes et surtout en Corse.

En Occitanie, la candidature de Jérôme Piques au nom du Parti de la Nation Occitane, ainsi que celles soutenues par le Parti Occitan ont été par leurs résultats des candidatures de témoignage.

 

   La première raison de ces résultats en demi-teinte c’est le système électoral français calculé pour effacer toute expression de diversité politique et ethnoculturelle. Outre l’absence de représentation proportionnelle qui fait que le Front National par exemple est sous-représenté au Parlement, le seuil de 12,5 % des inscrits rend pratiquement impossible la présence de « petits » candidats au second tour. C’est peut-être aussi une des raisons de la défiance de la population par rapport à la classe politique et de l’abstention massive qui relativise le « raz-de-marée » de la République en Marche.

 

   La deuxième raison c’est le très inégal niveau de conscience nationale chez les peuples de France. De ce point de vue, la décision de nommer « Occitanie » à l’issue d’une consultation populaire la grande région regroupant « Languedoc - Roussillon » et « Midi - Pyrénées »traduisait la conscience des gens de cette région qu’ils sont occitans (à l’exception évidemment des Catalans). Le problème c’est que se savoir et se sentir occitan n’entraine pas automatiquement un vote pour un candidat se réclamant de l’Occitanie car de tous les autres partis et mouvements aucun ne prend en compte la dimension occitane. De plus cette région « Occitanie » que nous préférerions appeler « Occitanie centrale » ne représente qu’une partie de l’Occitanie et englobe malgré eux les Catalans.

Notre candidat, Jérôme Piques a mené une intense campagne de terrain dans sa circonscription du Comminges et du Savès en Haute-Garonne mais l’analyse qu’il fait de ses résultats montre que le facteur personnel et familial joue plus pour obtenir de relativement bons résultats que le travail  de terrain. Cela ne veut pas dire que le travail de terrain ne sert à rien mais simplement que ce n’est pas toujours un facteur décisif.

 

   Nous devons nous poser un certain nombre de questions tout en sachant que les réponses ne vont pas de soi.

On peut s’installer dans le confort d’une « Occitanie maximaliste » comme le proposent certains à l’ANÒC et essayer (comment ?) de faire progresser la conscience nationale occitane. C’est légitime mais on n’efface pas d’un trait de plume des siècles d’aliénation ethnique et de formatage selon l’idéologie française par l’école, le système politique et les média.

 

   Il est tout aussi légitime qu’en tant que Parti de la Nation Occitane, nous ayons comme objectif pour une Occitanie réunifiée la création à terme d’un État indépendant, membre de l’Union européenne et de l’ONU. Mais il faut d’abord revenir sur terre et partir de ce que nous sommes réellement et représentons comme facteur d’influence.

 

   Cela veut dire renouveler les cadres du Parti, actualiser ses analyses pour lancer une campagne d’adhésions et revoir notre stratégie politique : actions de terrain, présence aux élections, alliances éventuelles avec d’autres partis et mouvements ethniques ou pas, occitans ou pas.

 

   Il serait trop facile de céder au découragement face à une situation politique inédite en France comme à l’étranger.

   Il s’agit de réfléchir sans tabous et sans abandonner les apports de la pensée de François Fontan, ni notre nouveau programme, pour redéfinir l’action politique du Parti de la Nation Occitane de manière à ce qu’il soit ressenti comme un besoin par les Occitans.

Jean-Pierre HILAIRE

Lo Lugarn 122

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