Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

MAI LO FN !

Voici que la question du vote FN agite de nouveau la toile occitane. J'ai déjà écrit sur ce sujet. Toutefois, il me semble intéressant d'insister sur certains points.

- Le nationalisme français est un faux nationalisme, plutôt un impérialisme et le vote pied-noir exprime avant tout une revanche sur la perte de l'Algérie française. Ces électeurs feraient bien de se rappeler qu'un certain nombre de leurs ancêtres n'ont pas traversé la mer de leur plein gré mais exilés par Napoléon III à la suite des révoltes dues à sa prise de pouvoir. La chanson de Daumas (Tu Brocart, mon reire-grand, l'autre enfadat de la familha...) était une illustration artistique réussie d'un phénomène que nos historiens devraient urgemment faire connaître aux occitans : c'est le rôle du Lugarn!

- Cet impérialisme français a donné pour tâche à ses hussards noirs d'éradiquer toute trace de la culture et de la langue occitane en usant de techniques fascisantes (mission accomplie, mon général-Jules Ferry !).

- La guerre de 14 est arrivée à point nommé pour créer dans les tranchées une fausse unité dite à tort nationale et supprimer les dernières traces de révolte, celle des vignerons en 1907, mais aussi celle des oléiculteurs en 1905 (cf. mon opuscule sur le sujet).

- Pourtant l'esprit occitan de liberté n'était pas mort et c'est en Occitanie (sensu lato !) qu'on a quéplan (planqué) le plus de feujs (juifs) pendant l'occupation allemande.

- Les Corses sont en train de faire la démonstration que le nationalisme/patriotisme vrai n'est pas l'ennemi des étrangers : les nationalistes corses prennent la défense des immigrés lorsque les Corses francisés et FNisés manifestent aux cris de "On est chez nous".

- Le nationalisme occitan, dans la mesure où il repose sur l'ethnisme fontanien, est donc libérateur et internationaliste (plus la peine de placer un trait d'union [inter-nationalisme] à une époque où l'internationalisme prolétarien n'a plus de sens, sinon pour les délocalisations capitalistes).

- L'inquiétude du peuple quant à sa culture est légitime mais il se trompe d'ennemi : les immigrés s'intégreraient facilement chez nous (comme l'ont fait à Nice les Arméniens ou les Italiens, ailleurs les Espagnols) si la langue locale leur était proposée (imposée ?). Le repli dit "populiste" sur une culture française impérialiste et jacobine n'est que le dernier avatar de l'impérialisme franc.

- Une autre inquiétude est légitime : celle des zones rurales qui éprouvent le sentiment justifié d'abandon. Personnellement, je dirais même plus : elles ne sont pas abandonnées mais sacrifiées sur l'autel d'une prétendue efficacité, bien illusoire comme le montre l'état actuel de l'économie française.

- Or le vote FN n'est qu'une solution parmi d'autres (et la plus mauvaise) pour montrer le rejet (populiste !) des prétendues élites qui nous gouvernent. L'exemple des élections municipales à Luceram pourrait en apporter la preuve : dans un village qui a donné au FN 30% aux dernières présidentielles et près de 35 % aux dernières départementales, ce parti s'est révélé incapable de monter une liste pour les municipales parce qu'une offre occitaniste/localiste était présente, ce qui démontre à l'envi que l'électorat rural révolté n'est pas inféodé aux idées du FN ; son vote n'est qu'un pis aller. Si les militants occitanistes (pas seulement nos camarades du PNO) acceptaient de mener la lutte chez les "bouseux" (VVAP = Volem Viure A París ?), la conscientisation avancerait à pas de géant.

- Ceux de nos militants qui vivent dans la ruralité savent que, non seulement la culture occitane n'est pas entièrement éradiquée, mais encore que nos zones rurales sont susceptibles de revitalisation économique et démographique grâce notamment à l'agriculture familiale et au commerce de proximité. Devant ce réservoir de richesses inexploitées, de logements inhabités, d'infrastructures inutilisées, un réaménagement du territoire est indispensable et ce n'est pas la métropolisation à outrance qui nous sauvera.

- Notre chance est que les édiles FN, souvent parachutés dans des territoires qu'ils connaissent mal, ne font pas mieux (parfois pire) que leurs prédécesseurs au point que leur exemple peut souvent servir de repoussoir.

- Quand j'ouvre ma boîte mail, je peste contre le nombre de courriels de camarades polarisés sur l'élection présidentielle (avant cela sur le nom d'une région) alors que les élections municipales, les plus démocratiques qui soient, sont à notre portée : quel gâchis !

Bernard Fruchier

FN, voie sans issue.

FN, voie sans issue.

Tag(s) : #Tribune libre, #Elections