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Robert Redeker, un philosophe occitan contemporain

(Le texte original en Occitan est dans le N°121 de la revue lo Lugarn à paraitre)

   Les écrivains sérieux disent ce qu’ils ont à dire, ils n’essaient pas de se censurer. Car je pense que l’autocensure équivaut à une sorte de mort. Si vous craignez de dire ce que vous avez à dire, alors taisez-vous !

Salman Rushdie (Paris-Match N° 3510)

http://www.parismatch.com/Culture/Livres/Salman-Rushdie-regle-ses-contes-1046902

   La culture, c’est, grâce aux œuvres littéraires et artistiques, la faculté de juger le présent à l’aune du passé.

Robert Redeker (in "L'école fantôme")

Un philosophe occitan

   Robert Redeker est né à Lescure, dans le comté de Foix le 27 mai 1954. Ses parents, opposants au nazisme, s'étaient réfugiés en Occitanie. Il est agrégé de philosophie. Il a été professeur dans de nombreux lycées d’Occitanie centrale. Son dernier poste, avant d’être mis sous protection policière en 2006, a été au lycée de St Orens, dans la banlieue de Toulouse.

   Entre autres choses, il est membre du comité de rédaction de la revue française : "Les Temps modernes". A un moment donné, il a été membre du conseil d’administration de « Reporters sans frontières ». Il y eut une période où il était partisan, proche du politicien impérialiste français Jean-Pierre Chevènement. Aujourd’hui, il semble s’être complétement retiré de la politique politicienne pour se consacrer uniquement à la philosophie.

   À partir de l'an 2000 il a publié de nombreux ouvrages de réflexion. Il serait très long de donner toute sa bibliographie, mais nous pouvons en mentionner quelques uns. Nous vous en donnons un échantillon, tout en sachant que, bien sûr, il s’agit d’un choix arbitraire :

- 2001 : "Le Déshumain : Internet, l'école et l'homme",

- 2002 : "Le Sport contre les peuples",

- 2007 : "Il faut tenter de vivre",

- 2007 : "Combattre l'obscurantisme (ouvrage collectif)",

- 2008 : "Le sport est-il inhumain ?",

- 2010 : "Egobody : La fabrique de l'homme nouveau",

- 2015 : "Bienheureuse vieillesse",

- 2016 : "L'École fantôme",

   Robert Redeker est reconnu pour être un philosophe de la défense de la liberté de conscience et de la tolérance. Il a la notion de « paratge »[1]en partie chevillée au corps. Anthropologue, il est aussi connu pour ses ouvrages sur la place des sports dans la société actuelle. Il y a eu beaucoup d’étapes dans sa démarche de chercheur et de penseur. Sa condamnation à mort par les barbares islamistes en 2006 l’a dérangé dans son travail. Mais il a surmonté l’épreuve et continue aujourd’hui à phosphorer sur l’humanité et les comportements humains. Même si nous ne sommes pas toujours d’accord avec lui (il demeure indifférent au combat nationaliste occitan), c’est un exemple de courage et de pugnacité.

   Nous avons choisi de vous présenter ce penseur occitan (il connaît bien le mouvement de libération nationale sans y participer) à travers deux de ses ouvrages. Souhaitons que ces présentations vous donnent l’envie de découvrir ses autres écrits.

« Il faut tenter de vivre ». Éditions « du Seuil ». Dépôt légal : janvier 2007. 135 pages.

   Robert Redeker est ce professeur de philosophie qui a publié le 19 septembre 2006 dans le journal parisien « Le Figaro » une rubrique intitulée : « Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? ». Il y dénonçait la violence intrinsèque et fondatrice de l’islam. Violence et intolérance structurelle de l’islam énoncée dans le Coran lui-même et imposée aux « fidèles ». Un fanatisme meurtrier vérifiable chaque jour au JT ou dans la presse d’information pour ceux qui savent écouter, voir et lire.

   À voir toute la haine que déverse l’islam sur l’humanité non musulmane, le philosophe toulousain ne faisait que poser publiquement la question que beaucoup de démocrates et de défenseurs des droits de l’homme n’ont finalement pas le courage de poser. Face à la terreur islamiste beaucoup d’intellectuels du « monde libre » s’étouffent et restent muets. Monsieur Redeker  a eu le courage de l’homme affranchi qui veut le rester. Heureusement, il n’est pas le seul et je veux profiter de l’occasion pour saluer le combat que mènent les démocrates et les défenseurs des droits de l’homme dans les pays à majorité musulmane ; comme en Algérie par exemple. Beaucoup sont morts pour avoir voulu défendre la justice sociale et les libertés individuelles et de conscience. Face à leur sacrifice, je m’incline devant leur mémoire.

   Quant au constat de Robert Redeker, la réaction fanatique ne s’est pas faite attendre. Dés le lendemain de la publication, de nombreuses condamnations à mort lui ont été signifiées. Menaces vérifiées et prises en compte par la police et la Direction de la Sécurité du Territoire qui le prirent sous leur protection. La photo de l’intellectuel, la photo de sa maison, son adresse et son numéro de téléphone accompagnés d’un ordre d’assassiner furent publiés par le site internet al-Hesbah, proche de l’organisation criminelle Al Qaida : « Voici le porc qui a critiqué le Plus Grand Jamais Créé (le prophète Mahomet) et voici son adresse. Ce jour ne doit pas s'achever sans que nous nous vengions de l'homme qui a critiqué celui qui sortit les hommes du polythéisme, l'homme qui a critiqué le Tawhid[2] et la foi. Ce jour ne doit pas s'achever sans que les lions de France le punissent. Ils doivent suivre l'exemple du lion des Pays-Bas, Mohammed al-Bouyeri (celui qui a assassiné le cinéaste Theo Van Gogh en novembre 2004); et la tâche n'est pas impossible, si la personne vit en France et s'en remet à Allah.».

   À partir de là, Robert Redeker reçut une avalanche de menaces de mort et d’insultes. Un déballage de haine inimaginable pour un esprit sain. Mais on ne le sait que trop le fanatisme est d’autant plus dangereux que c’est une perversion psychopathologique, une amputation irréversible du principe de vie. Un autre philosophe, Hamid Zanaz, l’explique fort bien dans son ouvrage : "L'impasse islamique, la religion contre la vie"[3].

   À partir de ce jour-là et jusqu’à aujourd’hui, la vie de Robert Redeker a été chamboulée. Il a été obligé de vivre dans une clandestinité protégée. Du jour au lendemain, il n’a plus eu droit à une vie sociale. Il fut un temps privé de vie familiale. Il perdit son travail d’enseignant et sa maison. Pour lui commençait une vie de faidit[4] Le samedi 23 septembre 2006 il écrit dans son journal : « Interdiction de sortir, de s'exposer à la fenêtre. Interdiction de respirer ces premières journées d'automne. Enfermé, je commence à me sentir prisonnier. Je tourne comme une cible en cage. Mon droit le plus élémentaire, celui d'aller et venir en toute liberté, vient d'être supprimé. Alors que je ne suis coupable de rien ! Comme si le fait d'avoir exercé le droit garanti par la Constitution et par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen avait mis à mort mes autres droits».

   Dès sa prise en charge protectrice par la police, le philosophe occitan espérait la solidarité de tout ce que la planète hexagonale compte de démocrates. Le dimanche 24 septembre il écrivait : « J'aurai le soutien des syndicats d'enseignants, si prompts à contester, à se mobiliser pour les libertés. Je n'ai pas à m'inquiéter. La nation fera corps autour de moi, unanime pour crier: "Pas de ça chez nous». Malheureusement, Robert Redeker a été très déçu par tous les raisonneurs de gauche, toujours prêts à refaire le monde dans l’abstraction mais qui « passent sous la table » dès qu’il s’agit d’un engagement qui pourrait déboucher sur la remise en cause de leurs acquis sociaux ou, à plus forte raison, leur intégrité physique. Le soutien espéré ne viendra que plus tardivement et jamais des syndicats d’enseignants. A propos de ceux-ci, il écrit : « Si j'avais été menacé par l'Eglise, ils seraient des centaines de milliers à manifester, en cortèges serrés, dans la rue. Ils hurleraient à la République en danger, au retour du pétainisme, en appelleraient à la constitution d'un comité de salut public, d'un front républicain. Ils préconiseraient la répétition des inventaires ! Mais la menace vient des partisans de l'islam, seule religion avec laquelle les collègues professeurs, pourtant fer de lance de la laïcité, se montrent compréhensifs. Ils m'abandonnent à mon sort. ».

   Ce sont surtout les intellectuels parisiens qui interviendront à la réunion publique de soutien à Robert Redeker qui se tiendra à Toulouse le mercredi 15 novembre 2006. Aucun parti politique de gauche ne dénonce cette condamnation à mort. Seul(e)s la(e)s politicien(ne)s et partis de droite suivants prirent la défense de la démocratie contre la peine de mort : Corinne Lepage de Cap 21, François Bayrou de l’UDF (L'UDF existait encore à l’époque), Philippe de Villiers du MPF (aujourd’hui retiré de la politique) et Nicolas Sarkozy de l’UMP (l'UMP existait encore à l’époque). Le scandale c’est que Les Verts, les communistes du PCF, les socialistes du PSF, l’Union Démocratique Bretonne et Régions et peuples solidaires se turent et se taisent encore. La honte vient du Partit Occitan qui en se mordant la langue a fait preuve d’une lâcheté criminelle. Je suis révolté à l’idée que, contrairement au Partit de la Nacion Occitana, le Partit Occitan, n’ait pas dénoncé le fanatisme islamique, les condamnations à mort et les exécutions des démocrates qui prennent la parole pour s’exprimer librement. J’en suis d’autant plus dégoûté que tous ceux qui se disent "la gauche occitane" sont incapables de dénoncer cette infamie. Dans son histoire l’Occitanie a souffert tant et plus de l’intolérance que ses partis actuels,  comme le Partit de la Nacion Occitana,  devraient être en première ligne pour défendre cette précieuse et indispensable liberté individuelle de conscience.    À la moindre expression d’intolérance, ne serait-ce pas aux partis occitans de rappeler la croisade dont ils furent victimes, rappeler les bûchers et le pays mis à feu et à sang ? Et que dire quand les islamistes viennent en Occitanie remettre en cause la liberté d’expression et de conscience acquise après des siècles et des siècles de lutte contre l’obscurantisme religieux? Quand ils viennent massacrer à Toulouse, Montauban et Nice ? En fait, ces cénacles politiques occitans ne seraient-ils plus fils de mai 1968 ?

   L’islam veut nous faire replonger dans un obscurantisme médiéval. Les hommes libres sont redevables à Robert Redeker de l’avoir rappelé. Dans son livre «il faut tenter de vivre»  le philosophe ne mentionne que trois occitanistes à l’avoir soutenu publiquement dans son épreuve, Jòrdi Blanc et Eric Fraj, en tant que collègues professeurs de philosophie. Il faut remercier ces deux-là d’avoir sauvé un brin du peu d’honneur qu’il nous reste. Quant à moi, de concert avec Robert Redeker, je fais mienne sa phrase : «N'en déplaise aux obscurantistes, aux barbares porteurs de mort, j'écrirai, je parlerai, je dialoguerai, je polémiquerai, je provoquerai, toujours aussi insupportable, je m'engagerai, je vivrai.». Dans son livre, page 127, il signale mon article "Islam, laïcitat e democracia" paru dans La Setmana n° 583.

Le texte de Robert Redeker qui a déclenché la haine criminelle des islamistes a été publié dans Le Figaro  du 19 septembre, 2006. Il est accessible en ligne :

http://www.lefigaro.fr/debats/2006/09/19/01005-20060919ARTFIG90134-face_aux_intimidations_islamistes_que_doit_faire_le_monde_libre_.php

Robert Redeker et l'école à la française : "L'école fantôme". Éditions Desclée de Brouwer. Dépôt légal : septembre 2016. 200 pages.

   Avec ce livre nous n’abandonnons pas complétement le domaine de la défense des libertés et de la démocratie puisqu’il s’agit d’école. Comme chacun L’école est, ou au moins devrait être, un lieu de formation pour chaque citoyen en devenir. Le nationaliste occitan que je suis déplore que si Robert Redeker défend intellectuellement les libertés individuelles, il en nie pourtant certaines aux gens dont le pays est colonisé. C’est le cas pour l’Occitanie. Sachant que le philosophe toulousain est au courant du combat politique occitaniste, on peut logiquement en conclure que Robert Redeker est, d’un point de vue nationaliste, aliéné.

   "L'école fantôme" est un pamphlet. C’est surtout un hymne à l’ultranationalisme - autant dire à l’impérialisme - français. L'auteur a, cependant, raison d’y dénoncer l’école de France qui, de réforme en réforme, et au nom d’un égalitarisme misérabiliste, tire l’enseignement vers le bas. Ainsi, l'Education étatique en est arrivée à réduire l’excellence du baccalauréat pour permettre à 80 % d’une génération de l’obtenir. Malheureusement les critiques de Robert Redeker s’appuient sur des arguments impérialistes. Sur l’école d’autrefois, il va jusqu’à affirmer : "Par le biais de cette école, chaque enfant de France, du plus humble garçonnet des campagnes du Limousin à la plus pauvre fillette des Landes de Gascogne, entrait en commerce avec la langue française, sa pureté et son histoire.". Que le garçonnet limousin et la fillette gasconne aient eu pour langue l’occitan, la substitution linguistique forcée (un viol) ne semble pas le gêner outre mesure.

   En affirmant et en justifiant, encore en 2016, un processus d’alphabétisation unique et monolingue pour tous les enfants de l’empire, Robert Redeker ne se rend pas compte -ou fait mine d’ignorer- qu’il décrit le processus d’acculturation et de substitution linguistique forcée dont il a été victime et dont sont toujours victimes les Occitans depuis que la scolarité est généralisée. De ce déni de justice élémentaire l’auteur ne fait pas mention. Il semble avoir tiré un trait définitif sur sa culture et son identité occitanes. Pire que cela! Son livre est tout à la gloire de l’impérialisme français qui, grâce à son école, s’est imposé à coup de signal et d’une multitude d’autres persécutions et punitions. Il a une tendresse particulière pour les hussards noirs de la république : "L'École est l'institution chargée de fabriquer des Français. Elle est l'institution organique de la nation France."

   Finalement, son discours n’est pas nouveau : ce qu’il déplore ce n’est pas tellement l’appauvrissement de l’enseignement dispensé par l’école en France actuellement, c’est que les auteurs mythiques de la France mythique ne soient plus appris par cœur dans les écoles primaires. Ce n’est pas tant que Robert Redeker déplore la baisse du niveau intellectuel des élèves, c’est qu’il pleure sans cesse sur le « génie français » fantasmé. Un génie qui serait le seul à pouvoir éclairer le monde. Il me semble que nous avons déjà entendu chanter cette chanson à travers les siècles et cela depuis la Révolution jacobino-impérialiste. Il est triste de lire dans un ouvrage de Robert Redeker ces réflexions bien des fois rabâchées par les expansionnistes français de droite comme de gauche. L'auteur ne semble pas avoir retenu grand chose de son éducation dans un milieu où, à l’époque de son enfance, la culture occitane était encore bien vivante (même si chez lui, on ne devait pas parler occitan). Il ne peut y avoir rien de plus terrible et de pathétique que l’aliénation nationale. Ceux qui n’en seraient pas convaincus n’ont qu’à lire ce livre.

   Robert Redeker blâme vigoureusement le cosmopolitisme sans odeur ni saveur qui, selon lui, vient se substituer aux cultures nationales, à la richesse des cultures nationales. La manie pour lui -cela semble même être son obsession majeure-, c’est la promotion e l'illustration de la culture française (même si tout au long de son essai, il lui arrive de citer des penseurs allemands, anglais ou espagnols). Ce pseudo cosmopolitisme est disséqué dans l'ouvrage pour mieux faire la démonstration de sa nocivité. Sur ce point nous ne pouvons que suivre le philosophe toulousain. En effet, cette sous-culture facebookienne, qui simplifie toute chose jusqu’à lui enlever sa substance primordiale, uniformise à l’échelle planétaire en tirant vers le bas le patrimoine culturel mondial. Un patrimoine encore récemment caractérisé par des apports et des échanges entre toutes les cultures nationales restées originales. Le cosmopolitisme facebookien est l’exact contraire de l’ethnisme fontanien promu par le Partit de la Nacion Occitana. Robert Redeker en est conscient car il dénonce avec raison l’affaiblissement, la destruction de la diversité et des profondeurs des cultures nationales. Tout cela en se faisant uniquement l’avocat de la culture française qu’il met sans cesse au dessus des autres. Redisons le, son comportement n’a rien à voir avec le « paratge" (voir note).

   Citer Rivarol (autre renégat occitan) en 2016 : "ce qui est confus ne peut pas être français", laisse la trace ineffaçable d’un chauvinisme que d’aucuns ne manqueraient pas de qualifier de fanatique. Récuser correctement les dérives d’une communication publicitaire au lieu des cultures savantes nationales est une chose. Affirmer à longueur d’ouvrage que de ces cultures la seule qui dépasse les autres c’est la française est une aberration et une escroquerie intellectuelle dans le meilleur des cas, une agression dans le pire des cas. Je suis à jeun d’avoir lu dans cet ouvrage que les cultures nationales, toutes les cultures nationales se valent : Dommage que les philosophes ayant lu François Fontan ne soient pas plus nombreux.

   Le livre est uniquement un éloge à la langue et à la culture françaises. Robert Redeker semble être complétement aveuglé, fasciné par cette culture et la défend bec et ongles. À force, il en devient pitoyable. Son comportement est probablement un des syndromes engendrés par l'ultra-étatisme français. Robert Redeker, fonctionnaire au Centre National de Recherches Scientifiques, payé seulement pour philosopher, n’est pas ingrat pour son employeur. Cet éloge sans guère de nuances de la France-éternelle-meilleure-que-les-autres en est le témoignage. Même si nous comprenons qu’il y a urgence à défendre les humanités et donc les exigences des cultures nationales, cette glorification, ce dithyrambe est surprenant au XXIème siècle.

   Une chose est récurrente dans cet essai de Robert Redeker, c’est sa vision du "génie français" qui selon lui, s’appuierait, entre autres choses, mais surtout, sur la littérature. Il revient sans cesse sur la production littéraire française comme si la littérature nationale française avait été la seule à avoir illuminé la littérature mondiale. Si la littérature est un domaine d’expression et de singularisation d’une nation, ce n’est pour autant pas le seul. Mais celui-ci tient une place éminente dans le livre de Robert Redeker. Par contre, bien sûr, il ne dit pas un mot sur la littérature occitane, qu’il n’est pas sans connaître pourtant. Probablement parce que justement, si l’école française actuelle a tendance à laisser de moins en moins de place à la littérature française, elle a toujours eu pour mission de nier l’existence même de la littérature occitane. Tout au long de ma scolarité, on ne m’a jamais parlé du prix Nobel attribué à Frédéric Mistral. Et quand on m’a présenté les troubadours, c’est dans leur traduction en français sans jamais me dire qu’il s’agissait d’une traduction. À tel point qu’au début, avec mes condisciples, nous pensions que les troubadours avaient été français. C’est un exemple de plus de l’école comme outil d’acculturation de la population occitane ; autrement dit : de l’école comme arme de dépersonnalisation.

   Le centralisme jacobin serait-il le seul en capacité de mettre un professeur de philosophie dans chaque lycée? "Cette étonnante dissémination territoriale de philosophes manifeste l'une des plus extraordinaires réussites du centralisme jacobin. Ce dernier en effet a permis à la philosophie d'essaimer dans tout le pays.". Il ne faut pas exagérer ! Il faut être aveuglé comme l’auteur pour le croire. Alors que, et pour ne rester qu’en Europe, nous savons que le fédéralisme allemand n’a jamais empêché de disséminer la philosophie sur toute la surface du pays. Même chose pour les États décentralisés d’Espagne, du Royaume Uni, de Suisse etc. C’est décevant de constater que Robert Redeker, tout en se disant philosophe soit borné au point de croire -encore en 2016- que seul le centralisme étatique est capable de pouvoir fournir une scolarité aux enfants. Les petits Belges ou Suisses, pourtant citoyens d’États largement décentralisés, seraient-ils tous analphabètes ? Robert Roederer a un siècle de retard sur le sujet. Il déterre et ressuscite le colonialiste Jules Ferry. Ce radotage idéologique est un gros inconvénient pour un philosophe du XXIème siècle. À lire toutes ses aberrations sur l’organisation politique de l’État, cela discrédite la pensée de l’auteur et surtout son avis sur ce que pourrait être une école performante en ce début de millénaire. La philosophie de Robert Redeker, tout compte fait, n’est guère éclairante ; du moins quand il s’agit de traiter de l’école. Une école qu’il est incapable d'envisager en dehors du centrisme-jacobinisme-bonapartisme à la française.

   Dans "L'école fantôme" Robert Redeker, ancien professeur de philosophie en lycée, consacre tout un chapitre à faire l’éloge de ces " professeurs-philosophes de proximité ". D’après le dicton populaire selon lequel : " on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même ", Robert Redeker  ne trouve pas assez de qualificatifs pour décrire ce qu’il pense de cet enseignement de la philosophie dès le lycée : "La philosophie en France n’aurait pas la même vitalité sans cet enseignement prodigué au lycée". Soit ! Il est évident qu'une matière, quelle qu’elle soit, gagne à être enseignée le plus tôt et le plus possible. C’est une redekerade.

   Dans le fond, et pour nous résumer, nous ne sommes pas en désaccord avec la conception nationale telle que la présente Robert Redeker. Le problème pour nous, nationalistes occitans, est que nous ne possédons pas encore le pouvoir sur l’école. L'école en fonction aujourd’hui en Occitanie est aux ordres et contrôlée par l’État oppresseur, assimilateur, colonial. Quand demain (un lendemain peu ou prou lointain) l’Occitanie sera maitresse chez elle, il est clair que l’école que dirigera l’État occitan sera aussi une école nationale dans laquelle seront enseignées la langue, la littérature, la géographie et l’histoire occitanes.

   Le hiatus dans ce livre du philosophe toulousain est que si, effectivement, il lui arrive à quelques détours de page de constater l’existence de l’Occitanie, il le fait de façon anecdotique. Pour ne donner qu’un exemple : " L'universel de l'esprit ne trahit pourtant jamais ses origines : Gabriel Fauré, pour ne prendre qu'un seul exemple, s'élève à l'universalité parce qu'il est profondément occitan autant que profondément français."

   En aucune manière, il ne dénonce le fait que l’école établie et contrôlée par l’État français est une école de l’aliénation nationale. Il accepte le fait colonial comme une situation acquise ad vitam aeternam. Bien évidemment, nous ne pouvons pas être d’accord avec lui là-dessus. Loin s’en faut.

   Sa réfutation de l'outil numérique au service de l’éducation et de la culture semble un a priori personnel. L'auteur, malgré son réquisitoire implacable, reste dans le domaine de l’opinion sans offrir la moindre preuve que le numérique pourrait nuire au savoir et l’apprentissage du savoir. Il met en avant la nécessité de lire, mais il devrait savoir autant que moi qu’on lit autant et aussi bien sur un ordinateur que sur un livre. Son anti-progrès technologique sent un peu la réaction passéiste. Ou bien alors cette répulsion devant l’appareil informatique est liée à quelque chose dans son histoire personnelle.

   Dans cet ouvrage certaines conclusions d’analyses paraissent exagérées. Selon l'auteur, sous prétexte d'enseignement, l'institution scolaire ne serait plus qu’un grand barnum où on ne ferait que fête sur fête. Elle ne serait plus qu’une agence organisatrice d’évènements festifs. Elle aurait abandonné sa vocation première qui est l’enseignement de la culture et des humanités. Robert Redeker râle fort contre ce fait qu’il croit établi : " Nous appelons l'éducation à se faire rempart et forteresse protégeant contre la fête. A se fortifier en forteresse contre la festivité. L'école se doit d'être anti-festive". Rien de plus, rien de moins pour clore ce chapitre, ce réquisitoire enflammé et véhément contre une fête qui serait venue infecter de façon sournoise et définitive l’institution scolaire. Entité qui aurait pour vocation de se transformer en contre-pouvoir de la fête. Cette tirade contre les loisirs en général et la fête en particulier est plus que surprenante. En effet, nous ne pouvons pas non plus suivre Redeker quand il blâme la « culture des masses » qui nuirait de façon irréversible à la « haute culture ». La même personne peut aussi passer de l’une à l’autre sans rien perdre de l’une et de l’autre. Un philosophe ou un musicien virtuose du classique peut aussi avoir un abonnement au stade et un autre a l’opéra. Le prix Nobel de littérature ou de mathématiques peut s’intéresser au top 14. Il peut aussi bien lire "Science", "Lo Lugarn" que le "Midi Olympique". Mais Robert Redeker a raison de dénoncer la facilité de la culture de masse qui, peu à peu, grignote la culture classique. Cette culture humanisante était transmise par l’école. Une école qui, selon le titre même de l’ouvrage de l’auteur devient "fantôme".

   Quelques fois, Robert Redeker semble avoir des aprioris qui vont même à l’encontre de la réalité. Je ne prends qu’un exemple. Selon lui, la musique traditionnelle ne vaudrait pas la musique classique. Alors, que fait Robert Redeker de Bela Bartók qui mélangeait les deux comme le fit l'occitan Deodat de Séverac ? Sans oublier que la musique traditionnelle n’est pas forcément répétitive comme le prétend l’auteur. À partir d'instruments propres, et donc d’une sonorité originale, la musique traditionnelle peut créer à l’infini. Les musiques orientales, celtiques ou occitanes ouvrent autant au monde que la musique classique occidentale ; même si cela semble échapper à Robert Redeker.

                  Un philosophe ne devrait pas se contenter de rabâcher. Un philosophe est avant toute chose un anthropologue objectif. L'école est un domaine politiquement et socialement sensible. Peut-être que Robert Redeker a été dans un passé récent trop impliqué dans l’institution pour pouvoir prendre la distance nécessaire à l’analyse. Néanmoins, une contribution de plus au débat ne sera jamais de trop.

Article traduit de l’occitan par Jean-Pierre Hilaire avec l’aimable autorisation de son auteur, Sergi Viaule.


[1] Le Paratge, terme intraduisible littéralement dans d’autres langues, était à la fois le sens de l’honneur, l’amour courtois, le respect de soi et de l’autre, quel que soit son sexe, sa race, sa religion ou son origine sociale, ainsi que la négation de la loi du plus fort.

[2] Le Tawhid est la croyance en un Dieu unique, inaccessible à l'imagination, sans associé, sans égal et sans intercesseur

[3] "L’impasse islamique : la religion contre la vie" d'Hamid Zanaz publié en occitan sous le titre : « L’androna islamica, la religion contra la vida » aux Éditions des Régionalismes. 2016. 165 pages. http://editions-des-regionalismes.com/epages/78a1391f-9736-4f48-a055-7b67ee9ca57a.sf/fr_FR/?ObjectID=4368035

[4] Les faidits sont les chevaliers et les seigneurs languedociens qui se sont retrouvés dépossédés de leurs fiefs et de leurs terres lors de la croisade des Albigeois. Ils furent partie prenante dans la résistance occitane menée contre l'occupation et l'établissement des croisés venus du nord. https://fr.wikipedia.org/wiki/Faydit_(croisade)

Robert Redeker : il faut tenter de vivre.

Robert Redeker : il faut tenter de vivre.

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