Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Éditorial de la revue Lo Lugarn N°120, par Jean-Pierre Hilaire

Pour des initiatives occitanes en 2017 et après

   En nous interrogeant sur la situation politique dans l’Occitanie sous administration française, nous ne perdons pas de vue celle dans les vallées occitanes de l’État italien ni celle dans le Val d’Aran, sous administration espagnole et catalane ; et notamment cette dernière, dans l’éventualité d’une prochaine indépendance de la Generalitat.

   En Occitanie sous administration française, 2017 sera une année électoralement chargée avec l’élection présidentielle en avril et mai, suivie par les élections législatives en juin.

  Pour les militants politiques occitans, ni le système ni le contexte ne sont favorables.

   Le Parti de la Nation Occitane continue de soutenir le candidat régionaliste breton, Christian Troadec qui veut représenter les peuples de France ; il reste à savoir s’il obtiendra les 500 parrainages nécessaires et si ceux-ci seront validés.

   Le Parti de la Nation Occitane a aussi l’intention de présenter des candidats aux élections législatives, plus pour faire entendre sa voix que dans l’espoir qu’ils soient élus,

   Le bilan du quinquennat Hollande est calamiteux. La promesse de ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires n’a pas été tenue et aucune loi donnant aux langues de France un statut officiel ou les moyens de leur promotion n’a été adoptée par le Parlement ; les efforts récurrents de quelques parlementaires de tous bords sensibilisés à cette question n’ont abouti qu’à un petit nombre d’amendements.

   La réforme territoriale a fusionné sans concertation des régions majoritairement occitanes avec des régions françaises ; elle laisse les nouvelles régions sans plus de ressources financières suffisantes ni de véritables pouvoirs que les anciennes, c’est à dire très en deçà de leurs voisines européennes.

    Si elle revient au pouvoir, la droite remettra peut-être partiellement en cause cette réforme, mais sans en modifier l’architecture générale ; tout au plus peut-on attendre une fusion des départements avec les régions, à l’issue de référendums. L’hypothèse d’une élection de Marine Le Pen et de l’arrivée au pouvoir du FN ne peut pas être absolument écartée, au vu de la vague « populiste » aux États-Unis et en Europe ; or ce parti s’illustre par son opposition résolue à la décentralisation, à la démocratie locale et aux identités régionales qui risquent de « balkaniser  la France ».

   Du reste, les débats de la primaire de la droite et du centre l’ont montré : la réforme territoriale n’est pas une priorité. La question des langues de France n’a jamais été abordée. On peut s’attendre à ce qu’il en aille de même ou presque dans les prochains débats de la primaire de la gauche. Avec des nuances et quelques trop rares exceptions, du Front National à l’extrême gauche en passant par la droite, le centre et la gauche, le jacobinisme a de beaux jours devant lui.

   François Fillon, possible futur président, se range dans la catégorie des ultra-jacobins. À gauche, c’est selon. Les antijacobins ne sont guère actifs, même chez les écologistes et certains centristes, et le jacobinisme de Mélenchon n’a rien à envier à celui de Marine Le Pen.

   Pour que les partis et mouvements occitans, bretons, basques, catalans, alsaciens-mosellans et flamands aient des élus, il faudrait l’instauration de la proportionnelle aux élections, quel que soit le niveau. On ne peut vraiment pas dire que cette idée fasse son chemin. Dans un système politique volontairement aussi verrouillé, avoir des élus devient mission presque impossible. Alors que faire ?

   Certains militants sont tentés par deux solutions : ou bien se déconnecter partiellement ou totalement du système politique français, ou bien partir vers la Generalitat de Catalogne dont on espère qu’elle sera bientôt indépendante de l’Espagne. La première solution, c’est celle du repli sur soi, égoïste et inefficace. Quant à la seconde, c’est de la démission pure et simple.

   Nous le savons, l’identité et les valeurs et pas seulement l’économie seront au centre des débats de la présidentielle avec un risque évident de repli sur un chauvinisme français qui ne demande qu’à se réveiller et dont le FN n’est pas le seul porte-drapeau. Or cette identité et ces valeurs diffèrent de celles où nous nous reconnaissons.

   L’identité occitane peut-elle peser face à la rigidité de l’identité française ? Peut-être si on en croit l’accueil par la population des militants de « BASTIR-Occitanie » dans la nouvelle région « Occitanie – Pyrénées - Méditerranée ».

   Encore faudra-t-il faire campagne dans la plus grande partie de l’Occitanie ‑ les deux tiers de son territoire qui ne sont pas dans cette région « Occitanie » ‑ pour convaincre ses habitants qu’eux aussi sont occitans et pas seulement « aquitains », gascons, limousins, auvergnats, dauphinois, provençaux.

   Si l’on compare à ce qu’elle était il y a un demi-siècle, on doit constater que la conscience de l’identité occitane a progressé spectaculairement ; il reste à confirmer et renforcer ce progrès, sur tout le territoire occitan ; la question qui se pose maintenant est : comment traduire cette identité en termes politiques ? C’est là que les partis et mouvements occitans devront offrir un débouché politique à ce besoin d’identité.

   Nous ne devons pas nous contenter d’apporter nos idées, notre programme, de proposer une alternative « occitane » indépendantiste, radicale, mais il faut aussi et d’abord fournir des réponses concrètes et non démagogiques aux problèmes qui préoccupent les gens dans leur vie quotidienne : ces réponses constitueront des « alternatives occitanes », certes modérées et limitées dans le temps, mais permettant de rassembler les Occitanes et les Occitans et d’avancer ensemble, mieux qu’avec une belle « Alternative Occitane » qui serait extrémiste.

   Le Parti de la Nation Occitane conserve certes comme objectif l’indépendance de l’Occitanie, mais nous ne pensons pas qu’il soit judicieux dans tous les cas d’offrir d’emblée cet objectif indépendantiste comme alternative au système politique français.

   Pour en revenir aux diverses élections de 2017, faudra-t-il que le Parti de la Nation Occitane appelle à voter ‑ et si oui pour qui ‑, ou à voter blanc ou nul ou à s’abstenir ? C’est un débat que nous devrons avoir en temps voulu sans qu’il soit question ni possible pour notre parti de se désintéresser du devenir d’un État dans lequel, bon gré mal gré, nous sommes insérés. Les « alternatives occitanes » que nous pourrons présenter à l’occasion de ces élections devront être suivies par beaucoup d’autres, sur les terrains politique, social, économique, culturel.

3 décembre 2016

NB : L'éditorial du Lugarn est bilingue (occitan/français) et la version occitane est écrite dans les deux systèmes de graphies (provençale/occitane).

Lo Lugarn N°120

Lo Lugarn N°120

Tag(s) : #Lo Lugarn, #Editorial Lo Lugarn, #Présidentielle 2017