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Mai de cinc cents èrem a Mont Segur

(Nous étions plus de cinq cents à Montségur)

 Bien que les forces de l’ordre – État d’urgence oblige – filtraient l’accès au village de Montségur, le 16 octobre 2016 restera incontestablement un grand jour dans l’histoire de la nation occitane.

 Ce jour-là, lors d’une cérémonie officielle, l’Évêque de Pamiers Jean-Marc Eychenne, au nom de l’Église Catholique reconnut la responsabilité de celle-ci dans les bûchers qu’elle contribua à allumer pendant la Croisade contre les Albigeois et il demanda pardon pour les crimes commis il y a presque 8 siècles contre les Bonshommes dits « cathares ». Cette repentance était attendue par tous les Occitans quelle que soit leur choix théologique ou philosophique d’aujourd’hui.

 Dans une église de Montségur pleine à craquer et devant une foule bien plus nombreuse sur le parvis baigné d’un beau soleil d’automne, l’évêque de Pamiers parla clairement de repentance, pour les crimes commis par l’Église et des souffrances intolérables, indéfendables, infligées à tout une partie de la population occitane de l’époque …

  Voici quelques phrases tirée d’une homélie pleine d’humanité.

« Sous les cendres, les braises sont encore chaudes. Le feu de l’injustice brûle encore. » « nous avons le désir de tendresse et de paix », « Nous demandons la capacité de pleurer, de briser la glace de nos indifférences.. Que la pluie de nos larmes éteignent le feu » 

Sans oublier des références aux troubadours, à l’Occitanie et à ses valeurs

« les rames de laurier qui pourraient reverdir ».

 La célébration religieuse fût ponctuée du « Nòstre paire » du XIIIème siècle et d’un « Boièr » des plus émouvants

 À 16 heures plus de 600 personnes, avec à leur tête l’évêque de Pamiers, marchèrent silencieusement vers La Prada, le lieu approximatif où furent brûlés les martyrs du 16 mars 1244, sur les hauteurs du village, en contrebas du château.

  Xavier Vidal, Claude Roméro, et d’autres jouèrent de la musique. Le Se Canta fût entonné avec ferveur par l’assistance. L’émotion était immense. Et surprise, comme une cerise sur le gâteau de cette belle journée : Claudi Marti était là et chanta … Montségur … et le refrain repris par une grande partie de l’assistance :

« Cinc cents èretz a Mont Segur

Sabènt çò que viure vòl dire,

Cinc cents èretz a Mont Segur

Segur i sètz darrièr l’asuèlh ! »

  Le succès de cette grande journée est à mettre au crédit de l’association Convergéncia Occitana de Toulouse qui a su convaincre Jean Marc Eychenne de l’importance d’une telle cérémonie. 

  En repartant de Montségur un des prêtres officiant de la cérémonie nous confia que le geste de l’évêque d’Ariège ne fait pas l’unanimité dans l’ensemble des fidèles.   

  Un ami occitaniste, présent à la cérémonie nous fit cette remarque un tantinet ironique et cependant très juste « - Maintenant que l’Église l’a fait, l’État Français demandera-t-il pardon pour tout le mal qu’il nous a fait depuis tant de temps ? ».  Je crois que nous connaissons tous la réponse …

  Que ce soit aujourd’hui dans le cadre de l’État français ou demain dans celui d’une Occitanie indépendante et fédérale, cette journée doit nous convaincre de la nécessité impérieuse de promouvoir inlassablement les valeurs de la laïcité gages de la liberté de conscience pour chacun d’entre-nous.   

 Gèli Grande

Un des membres de la délégation du PNO

à Montségur. Photo Jean-Luc Granet.

à Montségur. Photo Jean-Luc Granet.

Tag(s) : #Tribune libre, #Actualités