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DÉCHÉANCE DE NATIONALITÉ

Depuis quelque temps, de nombreux politiciens français interviennent sur ce problème : que devons-nous en penser ?

Pour une fois, j'accepte de réagir à chaud car il s'agit d'un problème de fond pour l'ethnisme que nous méditons tous depuis toujours et sur lequel nous ne sommes pas pris au dépourvu.
Précision : j'utilise le mot nationalité dans le sens où il est utilisé dans le débat public en cours mais ce sens est porteur d'ambiguïté et il conviendrait plutôt de parler de citoyenneté comme j'expose au 5° ci-après.

1) De quoi s'agit-il selon les médias ?
- Il existe en France une possibilité d'avoir deux nationalités en même temps.
- Pour ceux qui ne sont pas "français de naissance" et qui ont acquis la nationalité française, la perte de cette seconde nationalité était déjà possible.
- Le gouvernement voudrait élargir cette possibilité aux binationaux nés français.

2) Des précisions
- La république prétend que la "nationalité" française s'acquiert par le droit du sol.
- On peut être né en France et cependant ne pas posséder la "nationalité" française, dans ce cas on n'est pas "français de naissance", malgré le supposé droit du sol.
- On peut aussi être né à l'étranger de parents français et posséder la nationalité française par droit du sang.
- Ainsi la législation française joue en réalité sur les deux tableaux : on peut être français par droit du sol et/ou par droit du sang.
- À l'heure actuelle, des binationaux nés en France sans être français de naissance peuvent déjà être déchus de leur "nationalité".
- Ce que prévoit le gouvernement c'est d'étendre cette possibilité de déchéance aux binationaux nés français, ce qui porterait finalement atteinte au droit du sang !

3) Qu'entendons-nous dire ?
- Cette déchéance contredirait, de toute évidence, le droit du sol qui ferait automatiquement un Français de tout individu né sur le sol français. Mais cette affirmation est approximative : un enfant né en France de parents étrangers dont aucun n'est lui-même né en France n'est pas français de naissance (cf. l'article 19-3 du code civil "Est français l'enfant né en France lorsque l'un de ses parents au moins y est lui-même né"). Il s'agit donc d'une "synthèse" entre droit du sol et droit du sang.
- Il faut ajouter qu'est français l'enfant né en France de parents inconnus" ou "l'enfant né en France de parents apatrides".
- On ne saurait trop conseiller la lecture, sur le site Legifrance, des articles 17 et suivants du Code Civil. On pourra constater que les textes sont plus précis et complexes que les simplifications médiatiques ne le laissent croire.
- Cette déchéance créerait, prétendent certains politiciens, deux catégories de Français : en réalité, elle vise à supprimer la différence de traitement entre deux catégories de binationaux, les Français par acquisition et les Français de naissance.
- Mais, au fond,  n'est-ce pas plutôt la possibilité de double nationalité qui crée ces deux catégories?
- Si, au contraire, la double nationalité n'entraîne pas une rupture de l'égalité entre les citoyens, pourquoi ne pourrions-nous pas nous aussi obtenir une nationalité occitane ?
- La déchéance existe déjà, et de façon permanente, pour des millions de citoyens français qui sont constitutionnellement déchus de leur vraie nationalité au profit d'une fausse "nationalité" française.

4) Le droit du sol
- Il s'oppose à l'acquisition d'une nationalité par droit du sang pour lequel seuls sont automatiquement français ceux dont les parents l'étaient avant eux. La république fait de ce droit du sol l'une de ses "valeurs" (terme jamais réellement défini).
- Pour nous Occitans, le problème se pose depuis toujours et nous renvoyons dos à dos ces deux droits : ce qui fait de quelqu'un un Occitan ce n'est ni sa généalogie ni son lieu de naissance mais sa volonté de participer à notre culture.
- Vu de la Corse, le problème semble identique : ceux qui refuseraient de parler corse par mépris de la corsitude ne peuvent pas se prétendre corses. Mais, bien sûr, ceux qui ignorent leur langue maternelle à cause des interdictions et des menaces de l'école jacobine sont les premières victimes de l'impérialisme français et de plus sont régulièrement moqués par le pouvoir :"Ils se disent corses, mais ne parlent même pas leur langue". Combien de citoyens parleraient encore français si l'école interdisait l'emploi de cette langue ?

5) La nationalité
- Lors de la campagne électorale récente, Mélenchon a très bien exposé la conception jacobine : la France ne se définit que par ses "valeurs" (lesquelles?) et non, d'une façon ethnique, par la langue.
- Mais alors :

   pourquoi introduire l'officialité de la langue française dans le préambule de la constitution ?

   pourquoi vouloir interdire à la Corse d'en faire autant à son niveau ?

Oui, la république jacobine française, prétendument universaliste (pourquoi alors ne pas faire de l'anglais la langue officielle ?), est le cache-sexe de l'impérialisme français. Les jacobins, assumant l'impérialisme des capétiens, refusent de reconnaître que la France est un empire formé de différentes nationalités.
- Il existe chez les jacobins une confusion permanente entre état (communauté juridique) et nation (communauté naturelle) : l'état français renferme plusieurs nations ou fragments de nations (basque, corse, catalane, flamande, allemande, bretonne, française) et la nation française se répartit sur plusieurs états (France, Belgique, Suisse, Italie, Canada). Les jacobins entretiennent en permanence l'ambiguïté en parlant d'unité nationale quand il s'agit seulement d'unité étatique et en confondant citoyenneté et nationalité : nous Occitans nous considérons provisoirement comme des citoyens français de nationalité occitane. La France impose d'ailleurs en Afrique sa conception de la république une et indivisible au mépris des réalités ethniques, ce qui la contraint - très logiquement - à intervenir militairement pour sauvegarder la fausse unité nationale du Mali ou de la Côte d'Ivoire.
- Tout cela ne poserait aucun problème pour un état fédéral (comme l'Allemagne ou encore l'Espagne, pourtant non fédérale, mais définie dans sa constitution comme "Una nación de nacionalidades" mais les jacobins ont choisi de guillotiner les fédéralistes, tout en choisissant pour fête "nationale" le 14 Juillet (1790, jour de la fête de la Fédération : ne riez pas !).

6) Le patriotisme
- Autre ambiguïté : on parle d'apatride pour désigner un individu qui ne serait citoyen d'aucun état. Là encore, les termes patrie et patriotisme demanderaient des définitions un peu plus claires.
- Si la patrie est étymologiquement le pays des parents, le patriotisme est un sentiment : la patrie c'est la nation dans la mesure où elle est objet d'attachement des individus.
- On ne peut aimer une abstraction : la patrie nous apparaît d'abord sous l'aspect de notre famille, notre village, nos voisins ; elle doit être concrète et vivante. L'universel est objet de compréhension rationnelle et non d'attachement. La perte actuelle du patriotisme est due à ce refus des solidarités locales, immédiatement taxées de communautarisme, auquel on ajoute volontiers l'épithète de populiste.
- C'est le piège que le jacobinisme a inconsciemment tendu à la république : elle doit paraître universaliste pour soumettre ses colonies "intérieures" tout en s'affirmant ethniquement française par sa langue à l'exclusion de toute autre. L'occitan Rivarol a été enrôlé pour faire croire que la langue française pouvait être universelle, ce qui n'a aucun sens, toute langue étant particulière.
- Dans ces conditions, la devise Liberté, Égalité, Fraternité n'est qu'une sinistre plaisanterie et ne saurait en tout cas constituer une liste de valeurs spécifiques à la France.

7) Le French bashing
- Historiquement, il s'agit d'un sentiment anti-français qui se développe chez les Américains après 1945 et qui se renforce en 2003 lors de l'opposition française à la seconde "guerre du Golfe".
- Toutefois l'expression en vient à désigner aussi l'autodénigrement français, très répandu de nos jours et alimenté par une impression de déclinisme.
- Cette impression n'étant pas objectivement fondée, nous ne pouvons l'expliquer que comme la conséquence de l'escòla de la vergonha qui a visé à faire honte aux enfants de leurs racines ethniques.
- Les deux processus sont liés :
* celui qui amène la surenchère impérialiste/jacobine française conduisant à la banalisation des idées du FN
* et celui qui produit l'autodénigrement : si nous ne valons rien, seule une politique hypernationaliste française pourra nous sauver.

8) Retour sur la Corse
- Les commentateurs estiment que le score des nationalistes/régionalistes doit être ajouté à celui du FN pour permettre d'obtenir le même pourcentage d'électeurs "hors-système" car les ressorts de l'autonomisme et du nationalisme leur échappent.
- En réalité, il s'agit de deux phénomènes différents, voire opposés car le FN est un parti jacobin qui méprise, dans le fond, les Corses et leur(s) langue(s) tout en cherchant à leur faire croire qu'il défend leur identité (française !).
- Les nationalistes/autonomistes corses condamnent les exactions récentes alors que certains participants aux manifestations violentes utilisent le slogan (horreur grammaticale intraduisible dans nos langues) FN : "On est chez nous" : ceux-ci sont bel et bien des "nationalistes" français.

9) La déchéance
- En tout état de cause, il ne peut s'agir en aucun cas d'une mesure efficace permettant d'éviter des attentats aveugles, mais bien plutôt d'une gesticulation symbolique, donc d'un gadget.
- Il existe d'ailleurs une autre solution : la dégradation civique pour laquelle il n'est nul besoin de changer la constitution.
- Le vrai problème que les jacobins refusent depuis toujours de considérer dans sa complexité est bien celui de la nationalité et ni le droit du sol ni le droit du sang ne sauraient constituer une réponse suffisante à la question : qu'est-ce qu'être français?
- Les seuls à se donner les moyens de résoudre le problème sont ceux qui font la synthèse entre une conception naturaliste de la nationalité (= il existe objectivement des ethnies définies par leur langue indépendamment de - et antérieurement à - la conscience que nous en prenons individuellement) et une conception volontariste de l'appartenance à un véritable état-nation qui permet à tout individu de se choisir, subjectivement et volontairement, une nationalité, ce qui suppose d'en accepter les normes culturelles. Il dépend de moi de choisir la nationalité corse, mais je ne suis pas libre de définir la corsitude selon mon bon vouloir.
- On n'ose encore parler d'une Europe des ethnies, mais de plus en plus de monde semble devoir s'accorder sur une Europe des régions, ce qui est déjà un net progrès par rapport à la situation antérieure et la France est de plus en plus isolée dans sa conception jacobine archaïque. Son remaniement/tripatouillage des régions n'a même pas vraiment intéressé les électeurs et il a fallu transformer les élections régionales en referendum pro- ou anti- FN pour les décider à se déplacer, preuve de la faible estime dans laquelle ils tiennent ce faux échelon administratif, pour l'instant, simple délocalisation du pouvoir parisien.
- Finalement c'est au niveau communal (et intercommunal) que se trouvent les vrais enjeux, qu'il s'agisse de démocratie directe, d'intégration, de création d'emplois, d'écologie véritable, etc. Toutes les gesticulations de l'état jacobin n'ont aucune influence sur les vrais processus démocratiques. C'est donc le mot d'ordre révolutionnaire COMMUNE que les militants ethnistes devraient mettre en avant dans leurs luttes actuelles.

Bernard Fruchier

À propos de de la "nationalité" par Bernard Fruchier
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